Justifier l’élimination douloureuse du candidat socialiste lors de la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot, exclusivement par l’affaire Cahuzac ou la division de la gauche, serait faire preuve de déni de la réalité voire de cécité politique. Ces éléments ont pu avoir une incidence mathématique sur le score socialiste, mais ils restent moins importants pour expliquer en une année d’intervalle, la désaffection des électeurs (forte abstention, perte d’environ de 14.000 voix de votants socialistes, 1000 voix additionnelles pour le FN) à notre égard.
En période de difficultés socio-économiques, c’est un fait entendu que les extrêmes prospèrent. Dans un département rural et paupérisé tel que le Lot-et-Garonne, où le taux de chômage atteint 11,9%, un record en Aquitaine, le Front national évolue dans un contexte favorable. Dans ce département producteur de céréales et de fruits et légumes, les agriculteurs fulminent contre l'Union européenne qui les étranglerait avec ses règlementations. Ajoutée à cela, l’exclusion sociologique ressentie par les habitants qui s’estiment trop riches pour être aidés et trop pauvres pour bien vivre (un point de vue véhiculé de nos jours un peu partout dans le pays), on a tous les ingrédients pour que le FN fasse son nid. Sans oublier le procès en vertu fait aux élus notamment sur la retraite des parlementaires, l’acquisition à titre privé sur fonds public de leur permanence, le cumul des mandats, etc…
Autre réalité territoriale: l’implantation du FN dans le département ne date pas d’hier. C’est d'ailleurs dans Le Lot-et-Garonne que le FN avait réalisé en 2012 son meilleur score aux législatives, avec 17,9% des suffrages dans la deuxième circonscription. Et lors de la présidentielle de 2002, Jean-Marie Le Pen y avait obtenu 18,91% des voix, arrivant devant Jacques Chirac et deux points au-dessus de sa moyenne nationale.
Au-delà de ces considérations, il est clairement établi que le climat social et économique actuel n’incite pour l’instant, en dépit de la bonne volonté du Gouvernement, à un quelque optimiste chez bon nombre de nos compatriotes taraudés par la crainte d’un déclassement social.
Une étude réalisée par la Fondation Jean-Jaurès sur « le grand malaise des classes moyennes », révèle une évolution spectaculaire du tissu social français sur une période récente, les français estimant qu'ils sont dans une situation de forte dégradation qui les tire vers le bas.
Le « descenseur social » semble avoir gagné en puissance, et ce ne sont plus uniquement les milieux populaires qui en seraient les victimes mais également les classes moyennes. En 2006, un français sur deux (52 %) se classait de lui-même dans cette catégorie sociale. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 48 %, alors que dans le même temps les français disant appartenir aux milieux « modestes » et « défavorisés » sont passés respectivement de 29 % à 33 % et de 4 % à 6 % – les milieux « aisés » restant stables à 2 %.
Au final, entre 2010 et 2013, le bloc agrégeant les catégories « modestes », « défavorisées » et les classes moyennes « inférieures » a grimpé de 57 % à 67 %, alors que celui additionnant les classes moyennes supérieures et les catégories « aisées » ou « favorisées » a chuté de 43 % à 33 %.
En trois ans, le nombre de français, qui ont le sentiment de se situer juste au-dessus du filet protecteur du modèle social et d'y contribuer fortement par l'impôt sans en percevoir les bénéfices, s’est accru, passant de 47 % à 59 %.
Pas de bonne nouvelle à attendre non plus des classes favorisées qui se disent, elles aussi, inquiètes pour leur avenir : 59 % d'entre elles pensent qu'elles vivront moins bien dans dix ans qu'actuellement.
Le malaise social est bien palpable. La Fondation Jean-Jaurès, a raison de considérer que ce mouvement négatif d'ensemble se nourrit à la fois de la dégradation économique liée à la crise, mais aussi de la dégradation sociale à travers le thème de la sécurité dans la vie quotidienne.
Cette réalité conjoncturelle puise tristement son écho dans cette grave crise, dont la lourde responsabilité incombe au gouvernement Fillon/Sarkozy. Le chômage d’aujourd’hui, contrairement aux affiches grotesques et mensongères placardées, découle des restructurations et des licenciements économiques dissimulés ou retardés avec la bénédiction de l’ancien gouvernement. Un malaise social auquel le gouvernement Ayrault et le Président de la République s’évertuent à apporter des solutions avec des outils pertinents (contrats de génération, contrats d’avenir, crédit impôt compétitivité emploi, assurance-crédit, Banque publique d’investissement, etc.….) qui finiront par impacter notre environnement socio-économique.
Enfin, le faux pas de Villeneuve-sur-Lot ne peut occulter, en dépit de la démagogie ambiante, le crédit du gouvernement sur les réformes courageuses et redistrubutrices et sur la correction progressive du déficit de notre balance commerciale, hors énergie (merci Nicole Bricq !). De même, cela ne cesserait de nous rappeler avec force et acuité que les collectivités territoriales gérées par les socialistes (villes, départements, communautés d’agglo, régions, etc…) bataillent en priorité pour l’emploi et le confort de leurs territoires.