"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
Dans le JDD paru le 12 octobre, Emmanuel Macron réclamait un débat sans « tabou ni posture » sur l'assurance-chômage. Selon lui, la convention souffrirait d'une insuffisance dans son application. Qu'est-ce qui presse alors qu'un nouveau rendez-vous avec les partenaires sociaux est prévu en 2016 ?
Disons-le clairement ! La situation de l'Unédic n'est pas dramatique. Il est normal que ses résultats ne soient pas reluisants en période de crise et qu'une bonne indemnisation des chômeurs soit nécessaire à l'équilibre économique français.
Certes, l’assurance-chômage, gérée par l’Unédic, connaît un déficit de 3,8 milliards d’euros en 2014 et l'objectif semble de le réduire à 3,5 milliards en 2015. Il s'agit d'une contrainte en matière de réduction des déficits publics. Il n'est donc pas surprenant que le ministre de l’Économie, s'intéresse au sujet dans l'optique de grappiller rapidement quelques efforts budgétaires rapidement.
Mais, ne l'oublions pas !L’assurance-chômage a une fonction de stabilisateur économique contra-cyclique ; c'est un amortisseur social. Certes il engendre un déficit public en période de crise avec un fort taux de chômage. Mais c’est justement là qu’il accomplit pleinement sa mission. C’est une digue contre les pertes de revenus mais aussi contre l’entrée accélérée dans la pauvreté. D'ailleurs, cela fait partie des éléments qui, en France, ont amoindri les effets récessifs de la crise. Par exemple, aux États-Unis, où les indemnités dues au titre de l’assurance-chômage étaient très faibles, il a été décidé de les augmenter dans le cadre d'un plan de relance. En France, les amortisseurs sociaux sont institutionnalisés et font partie intégrante de notre modèle économique.
Penser à réformer à la baisse aujourd'hui les indemnités chômage n'est pas opportun à cause de la situation (fort taux de chômage, faible nombre d'emplois disponibles, etc..)! Politiquement et économiquement, ce n’est pas le bon timing ! Pourquoi ? Depuis le début de la crise, la France compte 1,5 million de chômeurs de catégorie A supplémentaires et plus d’un million de chômeurs de longue durée. Les chômeurs de longue durée sont victimes de la mollesse du marché de l’emploi . De même, l’ancienneté moyenne au chômage est de 530 jours, soit plus de 100 jours de plus qu’avant crise !
Dans cette configuration, c'est une erreur manifeste d'appréciation de penser que la durée d’indemnisation ( 24 mois) et sa générosité (57,3% du salaire précédent) encourageraient un chômage de masse. Pourquoi ne pas se poser la bonne question ? La problématique centrale, c’est que l’économie française détruit des emplois. Les gens ne vont pas automatiquement retrouver un emploi tout de suite après une réforme draconienne de l'assurance-chômage. Cela n'aura du succès que si le marché du travail est en tension, s’il y a des postes à prendre et que les chômeurs ont la possibilité d’arbitrer entre emploi et chômage.
Donner des gages à la Commission de Bruxelles sur la capacité de la France à se réformer, c'est bien, mais une éventuelle réforme maintenant de l'assurance-chômage n’améliorera même pas la situation sur le marché du travail et cela ne fera qu'empirer la situation déjà précaire des chômeurs.
Enfin, l'on fait souvent le reproche assez injuste à l’assurance-chômage d’être déséquilibrée. Mais l’équilibre financier du régime est calculé autour d’un taux de chômage de 8,5% ! Ce niveau n’étant pas très bas, le système n’est donc ni généreux ni dépensier. Il est tout à fait normal d'enregistrer un déficit de l'assurance-chômage en période de chômage à 10%. Si une réforme doit advenir, ça serait uniquement au moment où l’économie redeviendrait dynamique, avec un marché du travail en tension et un taux de chômage faible. Sinon, attention à ne pas transformer les chômeurs en pauvres, en sans-dents....