"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
Tout le monde a confirmation du lancement, par le président de la République, d'un « fonds souverain ». Il est clair que la France n'a pas, ou n'a pas encore, de politique économique pour affronter la crise. Le pouvoir réaffirme les objectifs proclamés pendant sa campagne présidentielle. L'opinion publique dubitative se retrouve donc invitée à partager une illusion qui ne mène nulle part.
Nicolas Sarkozy a dit à Annecy : « Un pays qui n'a plus d'industrie, c'est un pays qui se prépare à laisser partir ses services... Je ne veux pas faire de la France une réserve de touristes. ». Mais pour mener à bien sa fonction défensive, le fonds aurait besoin d'être richement doté dès sa création. Ne devrait-il pas être mis en position de souffler à tout éventuel « agresseur » extérieur (via une OPA) n'importe quelle société française jugée « stratégique » ?
Toutefois, un pays lourdement endetté ne peut pas « créer » de toutes pièces un fonds de la même nature que ceux auxquels s'est référé le chef de l'Etat. Il ne peut, pour essayer de satisfaire sa nouvelle ambition, que s'endetter davantage. Pour des montants ridiculement insuffisants : les 6 milliards qui vont être empruntés moitié par le Trésor et par la Caisse des Dépôts. En déclarant à Annecy : « Ce que les producteurs de pétrole font, ce que les Chinois font, ce que les Russes font, il n'y a pas de raison que la France ne le fasse pas au service d'une politique industrielle digne de ce nom », Nicolas Sarkozy a abusé des mots et de la comparaison. Sans parler ni des Chinois ni des Russes, le fonds souverain du seul émirat d'Abu Dhabi (500.000 habitants) porte sur quelque 700 milliards de dollars d'actifs ; celui du gouvernement de Singapour (4 millions d'habitants) sur 200 à 250 milliards de dollars. Rien à voir avec les 20 milliards de dotation du « fonds souverain français », dont 14 milliards proviennent de participations de l'Etat déjà existantes.
Le pouvoir s'est exprimé comme s'il s'était donné les moyens d'exécuter le programme annoncé. Son chemin est déjà passablement encombré par de semblables semi-tentatives de résolution des problèmes brûlants. Le bouclier fiscal ne fera pas revenir les expatriés de l'ISF ; en exonérant de cotisations sociales les heures supplémentaires, la loi Tepa a consolidé un mode d'intervention inspiré par le patronat et condamnant les finances publiques au déficit permanent. Illustrée par ces trois exemples dramatiques, la désinvolture au sujet des réalités financières apparaît comme un obstacle majeur au renforcement des structures de l'économie française face à la crise.
Quant à l'illusion qui ne mène nulle part, elle est partagée par la France, la Grande-Bretagne et, bien sûr, par l'administration Bush. Mais non, ou très peu, par Angela Merkel et son ministre des Finances social-démocrate, et cela donne une chance à l'Europe ! Cette illusion consiste à croire qu'on sortira de la crise en sacrifiant à des mesures d'urgence.
Une relance budgétaire donnerait-elle un sursaut à l'activité économique ? Peut-être, mais à condition qu’elle soit orientée convenablement c’est-à-dire vers les minimas sociaux et les bénéficiaires d’allocation logement.
Seul un Etat responsable aurait des chances de rétablir la confiance perdue des investisseurs et, au-delà, des ménages. Il renoncerait aux facilités et aux mythes qui nous ont valu trente années de déficits publics consécutifs. Il supprimerait un bon nombre de dépenses fiscales, les subventions déguisées sous forme de dégrèvements.
Enfin, avec le RSA, on assiste à un anniversaire sans gloire pour une création généreuse devenue à elle seule le symbole d'une société d'assistance : le jour de ses vingt ans, le revenu minimum d'insertion (RMI) a officiellement reçu un héritier, le revenu de solidarité active (RSA), appelé à lui succéder en juillet 2009.
Alors que le nombre des bénéficiaires de ce minimum vital a quadruplé et que le travail ne parvient plus à prémunir de la pauvreté, le RSA est censé soigner une autre plaie sociale, celle du « précariat », terme qui désigne cette vaste population - 2 millions de personnes - vivotant dans cette zone de non-droit, entre inactivité et emploi stable. Et puisque le chômage remonte en flèche, il ne viendrait à l'idée d'aucun responsable politique aujourd'hui de suggérer que l'Etat, de plus en plus interventionniste dans l'économie, le soit de moins en moins dans la société. Mais, un constat s’impose : Les politiques menées depuis 2002 par la droite au pouvoir ont accentué ce précariat. La crise actuelle n’a fait que nous offrir ses désastres avec acuité.