"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
L’agenda économique du gouvernement des semaines précédentes, n’a laissé aucune place à l'optimisme. Et ce ne sont pas les économistes, réunis il y a quelques jours en séance plénière du Conseil d'analyse économique (CAE) à Matignon, qui auront rassuré François Fillon. En dépit de la détente sur les cours pétroliers et sur le taux de change de l'euro, « il y a eu un consensus pour dire qu'aucun indicateur qui sort en ce moment n'est porteur de bonne nouvelle », résume un membre. La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, a confirmé la prévision de croissance « autour de 1 % » en 2008, ajoutant que le début de 2009 sera «dans le bas du «U» » avec deux premiers trimestres « en redépart ».
Aïe ! Tout va mal !
Basé sur des données d'entreprises, le rapport du CAE rappelle qu'entre 1995 et 2007 la France, dont 96 % des exportations sont en concurrence frontale avec les produits allemands, a perdu 30 % de parts de marché dans les exportations mondiales de biens et services. Dans le même temps, l'Allemagne limitait son recul à 5 % et les autres pays de l'OCDE à 15 %. « Le diagnostic, c'est que tout va mal », a ainsi résumé, vendredi, Lionel Fontagné, professeur à Paris-I et coauteur du rapport avec Guillaume Gaulier (Banque de France).
C’est dans un contexte de ralentissement économique doublé de graves problèmes des entreprises exportatrices françaises que le budget 2009 sera présenté dans deux semaines par le gouvernement.
Le projet de loi de finances pour 2009 sera présenté officiellement le vendredi 26 septembre. Il s’agit évidemment d’un rendez-vous essentiel puisqu’il est question d’instrument de politique économique ainsi que de la politique fiscale. Enfin c’est tout simplement ce qui donne des moyens à l’ensemble des administrations.
Au total, pour dire les choses, il y a environ 330 milliards d’euros de dépenses, et un peu moins de recettes. La différence, 40 milliards l’an dernier, constituant le déficit budgétaire. Ça, c’est le topo voire le cadrage général et habituel.
La spécificité de la copie qui est en train de se préparer pour 2009 est que trois éléments, la panne de croissance, l’inflation et la crise financière modifient complètement la donne. Et du coup, tous les plans aussi futuristes que hypothétiques élaborés il y a encore quelques mois tombent à l’eau, comme la diminution progressive des déficits publics.
La difficulté viendra des recettes. Avec une croissance qui tournera autour de 1% cette année, les impôts, comme la TVA ou l’impôt sur les sociétés, rentrent moins bien que ce qui était prévu. Les estimations qui vont de 5 à 7 milliards d’euros partent en fumée ! Cela veut dire que ces recettes seront aussi moins élevées en 2009. Du côté des dépenses, on commence aussi à en savoir un peu plus. Le député Gilles Carrez, le rapporteur général du budget à l’assemblée nationale - un UMP - donne un chiffre qui fait frémir. Le coût de la dette publique, en clair, la charge des intérêts de cette dette, sera cette année supérieure de 3 à 4 milliards d’euros aux prévisions. Techniquement, c’est la hausse des prix qui est en cause, les obligations du Trésor sont indexées sur le prix. Mais ce dérapage équivaut à plus de deux fois le coût du RSA ; RSA dont le financement suscite depuis des semaines un débat houleux au niveau national.
Il est clair que Bercy aura du mal à boucler son budget. Pendant que les économistes planchent sérieusement pour savoir par quels moyens relancer l’économie, l’argent file pour payer la dette publique. Chaque année, plus de 40 milliards d’euros, les deux tiers de l’impôt sur le revenu. Si l’Etat ne se baignait pas allègrement dans un déficit depuis plus de trente ans, nous n’en serions pas là. En même temps, même si on a envie de partager le coup de gueule de Gilles Carrez, force est de reconnaître que Sarkozy et son gouvernement UMPiste, via le paquet fiscal, n’ont pas pris des solutions allant dans le sens de la résorption de la dette.
A la fin du premier trimestre 2008, la dette de l’Etat, de la sécurité sociale, des collectivités locales s’élevait à 1.250 milliards. Les déficits n’ont pas baissé suffisamment quand la croissance était là. En tous cas, la conséquence de la situation aujourd’hui, c’est que le gouvernement commettrait une grave bévue s’il prévoit des baisses d’impôt dans le budget 2009, par exemple des bonus-malus sur les réfrigérateurs, des lave-vaisselles ou les ampoules électriques si cela devrait coûter de l’argent au Budget. Attention, M. Borloo ! On a votre liste à l’œil !!