"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
Euro fort, crise des subprimes, renchérissement du baril de pétrole, explosion des prix alimentaires. L'environnement économique international rappelle l’inopportunité et l’iniquité des cadeaux fiscaux. On sait désormais que la croissance en France n'atteindra pas 2 % cette année ; on subodore que cela compliquera un peu plus le rétablissement des comptes publics. Nicolas Sarkozy a pris publiquement, mais un peu tardivement acte de la gravité de la situation.
Le 4 avril dernier, le président s'était exprimé après avoir présidé le conseil de modernisation des politiques publiques, lequel avait débouché sur 166 mesures et 5 à 6 milliards d'économies envisageables. Mais il s’était montré ambigu lorsqu'il avait affirmé que « ce ne sont pas les économies qui feront la réforme, c'est la réforme qui permettra les économies ».
Aujourd’hui, il ne fait plus aucun doute que les économies se feront sur le dos des plus fragiles, des plus démunis et des moins lotis.
Certes, il s’agit d’un projet ; un projet qui, en l’état actuel des choses, fait froid dans le dos. Le dispositif serait le suivant : Au bout de six mois de chômage, plus question de refuser un emploi même s'il rime avec éloignement ou baisse de revenus. Un chômeur qui refuserait au moins deux offres valables d’emploi serait sanctionné par une baisse ou une suspension de ses indemnités.
Pour l’instant, nul n’est capable de dire avec précision ce que signifie une « offre valable d’emploi », même si à Bercy, ils préfèrent s’enfermer dans des critères vagues et imprécis tels que type d'emploi et secteur d'activité, niveau de salaire, situation géographique.
Pour Nicolas Sarkozy, la réforme de l'assurance-chômage doit donc passer par plus de sanctions contre les chômeurs. Il s’agit d’une vision assez étriquée voire simpliste de la dure réalité que vivent certains chômeurs.
Etre au chômage n’est ni reluisant ni enviable pour ceux qui le subissent ! Le mot « sanction » est inapproprié car non seulement il dénature l’état de précarité que connaissent les chômeurs mais également leur attribue malheureusement une qualité « délinquantielle » !
Certes, il y a une très forte minorité qui entend profiter du système ; mais force est de reconnaître que celle-ci touche les Assedic pour une période relativement courte et de façon dégressive. Les droits au chômage ne sont heureusement pas éternels !! Par conséquent, partir des pratiques peu orthodoxes mais marginales d’une petite minorité pour jeter un discrédit sur l’ensemble des précaires et chômeurs est forcément inélégant, nauséabond et inadmissible.
Quelqu’un qui est chômage a certainement envie de revenir sur le marché du travail. Il bénéficie d’une présomption de bonne foi. Il serait alors inenvisageable qu’il refuse une offre d’emploi qu’il estime valable. Théorie de la relativité oblige, une offre peut être considérée comme valable par l’Etat et ne pas l’être pour le chômeur qu’on obligerait à l’accepter. Nous ne serions donc plus dans le cadre de la liberté contractuelle, liberté fondamentale garantie par la Constitution, qui veut que chacun choisisse son employeur ! Il s’agirait alors d’une relation contractuelle forcée qui pourrait avoir des effets sur la productivité et la rentabilité de l’entreprise employeur ! Quel serait alors le rendement ou la motivation d’un salarié qui aurait été obligé de travailler avec un patron qu’il n’a pas choisi ?
Il ne serait ni psychologiquement ni économiquement productif de faire travailler un salarié chez un employeur qui lui aurait été imposé ! Sinon bienvenus les dégâts et retour à la case de départ (chômage) et crise éventuelle de dépression en plus.
Cependant, je ne dis pas qu’il faille légitimer le statu quo. Il est clair que le chômage est un problème auquel il faut s’atteler sans stigmatisation mais avec intelligence. On ne va pas obliger un boucher à se transformer en plombier parce qu’il y a une pénurie de main d’œuvre en plomberie ! C’est en amont qu’il faut agir, c’est-à-dire mettre en place une politique nationale de valorisation des métiers souvent considérés comme peu valorisants ou pénibles, accentuer les formules de formation et de professionnalisation de ces genres de métiers, mettre en œuvre une politique tant attractive que rémunératrice articulée autour des métiers pourvoyeurs de main-d’œuvre peu qualifiée. En clair, il s’agit de mettre les demandeurs d’emploi en confiance et les orienter avec intelligence vers des secteurs qu’ils ignorent ou méprisent a priori en leur offrant une perspective durable d’emploi.
Quant aux personnes qualifiées, c’est le contrat de travail qu’il faut réadapter à la lumière des nouvelles exigences du marché du travail. D’ailleurs, la flexisécurité à laquelle sont parvenus les partenaires sociaux semble aller dans le bon sens à condition que le parlement n’alourdisse pas encore les obligations assez nombreuses qui pèseront à l’avenir sur le salarié.
Enfin, ce serait démagogique de faire croire aux français qu’un demandeur d’emploi peut indéfiniment refuser une offre d’emploi sans conséquence. En effet, le Code du travail donne déjà la possibilité à l’ANPE de radier les demandeurs d'emplois refusant une offre d'emploi correspondant à leur qualification, à leur expérience, au niveau de salaire pratiqué dans la région ou à leur possibilité de mobilité géographique. Il ne surprendra personne de savoir comme l’a dit, le directeur général de l'ANPE, que chaque mois, son agence radie environ 1.500 demandeurs d'emploi pour refus d'emploi.
Si la radiation est la conséquence d’un excès de zèle d’un demandeur d’emploi, il n’en demeure pas moins que la sanction des chômeurs voulue par Nicolas Sarkozy est le fruit d'une représentation erronée, selon laquelle les chômeurs sont paresseux.