"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
Apparemment, le port de la burqa par certaines femmes vivant en France est un léger problème. L'enfermement d'une femme dans une camisole de tissu ne laissant strictement rien apparaître de sa personne est une atteinte intolérable à sa liberté et à sa dignité. Imaginer un monde qui serait partagé entre des individus masculins exprimant chacun son identité et une armée de fantômes féminins indistincts est, à l'évidence, insupportable. La France a coutume d'exprimer son opposition à ce type de comportements en affirmant qu'ils sont contraires aux valeurs de la République. Ce n'est pas faux ; mais il serait plus exact de déclarer ces comportements contraires aux valeurs des sociétés humanistes et pas seulement républicaines.
Voilà pour la simplicité des principes. Mais quand il faut faire un pas de plus vers la définition d'une politique concrète pour endiguer le phénomène, tout se complique. Ainsi, certains proposent d'étendre la législation relative au port du voile à l'école publique. Mais une telle assimilation est fort problématique. Car la législation scolaire sur l'interdiction des signes religieux ostentatoires procède d'un subtil équilibre entre le principe de laïcité et le principe de liberté religieuse. Or, face au port de la burqa dans la rue, on ne saurait faire appel à aucun de ces deux principes : la rue n'est pas un espace laïc, ou alors il faut raser les églises, et, comme ne cessent de le répéter les responsables du culte musulman, la burqa n'est pas un signe religieux mais un signe culturel trouvant son origine dans des sociétés archaïques très antérieures à l'édiction du Coran.
Une loi interdisant le port de la burqa dans la rue ne pourrait donc se fonder sur le principe de laïcité. Si elle invoquait le principe de dignité, encore faudrait-il expliquer en quoi le port de ce vêtement est plus indigne que la manière dont la femme est représentée dans certains films ou magazines. Et si la loi invoque le principe de liberté, comment s'assure-t-on que le port de ce vêtement est imposé et non un choix libre ? Enfin, si l'on prend cette mesure d'interdiction générale, comment éviter l'effet pervers qui conduirait certaines de ces femmes à s'enfermer dans leur domicile et à s'isoler encore davantage de la société moderne ?
Derrière des principes clairs comme la pensée des Lumières, il y a donc une réalité parsemée de pièges. Rien n’est donc facile. Même un morceau de tissu noir ou bleu, hélas !