"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
« En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle ». Ahmadou Hampathé Ba.
Annoncée depuis la canicule meurtrière de 2003, la réforme de la prise en charge des personnes âgées est notoirement insuffisante. Promise puis repoussée plusieurs fois sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, pour des raisons budgétaires, elle se fait d’ores et déjà attendre. Les rapports sur le sujet ne manquent pas.
Trois rapports, dont celui du conseiller général du Val d'Oise, Luc Broussy ont été remis à Jean-Marc Ayrault sur ce qui se présente comme un réel problème de société. Quelques chiffres : dans 20 ans, notre pays comptera 20 millions de retraités et 2 millions de personnes dépendantes. Cela dit, il nous faut nous adapter au vieillissement de la population. Ce qui implique manifestement des changements dans notre vie quotidienne. Le nombre de plus de 85 ans devrait passer de 1,3 million en 2007 à 5,4 millions en 2060 selon les chiffres de l’Insee.
Il est regrettable que notre pays ait encore du mal à définir à une stratégie à long terme sur le phénomène de dépendance qui toucherait certains de nos aînés.
Certes, François Hollande a promis une loi pour fin 2013, qui pourrait entrer en vigueur début 2014 et s'étaler sur plusieurs années. Même si les auteurs des rapports remis au Premier Ministre sont silencieux sur le coût et le financement de la dépendance, il ne faut pas être grand clerc pour savoir que la prise en charge des personnes âgées est estimée actuellement entre 22 et 25 milliards d’euros par an.
Les modalités de financement de la réforme ne font pas mystère. A côté de la journée de solidarité, la seule certitude, c’est que les retraités imposables seront soumis à une taxe de 0,3% sur leurs pensions. Cette taxe, déjà inscrite au Budget 2013 et censée rapporter 600 millions d’euros, est sans doute insuffisante. Parlant de financement, il peut être aussi possible de recourir soit à une hausse de la CSG des retraités (qui actuellement est de 6,6%, contre 7,5% pour les actifs), soit à une assurance privée obligatoire, souscrite par toute personne âgée de plus de 60 ans.
Je conviens que cette idée d’assurance privée obligatoire avancée par l’ancienne majorité, avait été catégoriquement refusée par François Hollande lors de la campagne présidentielle. Mais le doublement de l’Aide personnelle à l’autonomie (APA), promis par le candidat Hollande, devra trouver de nouvelles sources de financement. Car les départements, en charge de cette allocation, et déjà étouffés financièrement, ne pourront pas le supporter seuls.
Bonne nouvelle, en ce moment de chômage élevé, le rapport Broussy montre que la prise en charge des personnes âgées représentera 350.000 emplois médico-sociaux d'ici à 2020 et promeut la création d'une « filière industrielle » des technologies pour les seniors (« gérontechnologies », comme la téléassistance), encore peu répandues en France.
Enfin, même si le Général De Gaulle disait que la « vieillesse est un naufrage », il nous revient de nous armer d’une politique ambitieuse capable de porter assistance à nos aînés par ces moments de tempête budgétaire.