"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
La proposition du commissaire à la Diversité, Yazid Sabeg, de recourir aux statistiques ethniques (M. Sabeg parle plutôt de statistiques de la diversité), ne semble pas faire l'unanimité ! Son initiative partait pourtant du constat partagé que les discriminations ethniques sont fort répandues en France et de l'idée simple que, pour lutter contre des discriminations, il faut pouvoir les mesurer. Le plus frappant est pourtant que les plus réticents sont les plus vifs avocats de l'égalité des chances. Ainsi en est-il, par exemple, de SOS Racisme ou du président du Haut Conseil à l'intégration qui se sont déclarés très hostiles à cette initiative.
Comment s'explique ce paradoxe ? Il s'analyse par ce que les spécialistes de la logique appellent savamment une contradiction performative. Une telle contradiction consiste à formuler une proposition qui, par le fait même qu'elle est énoncée, va produire l'effet inverse de celui qui est recherché. En effet, ce que redoutent de nombreuses instances ou associations qui luttent pour l'égalité républicaine, c'est que le fait même de classer les individus selon leur origine ethnique aggrave leur sentiment d'extériorité à la République. On a d'ailleurs vu aux Etats-Unis, avant que les « discriminations positives » fondées sur les origines ethniques refluent, des phénomènes de ce type. Ainsi, par exemple, des minorités ethniques d'origine asiatique ont exigé d'être distinguées de la catégorie « Asiatiques » afin de recevoir un traitement encore plus particulier que la moyenne des Asiatiques ! C'est la preuve qu'on ne peut pas espérer faire progresser un sentiment d'appartenance générale en commençant par classer les individus selon des critères ethniques particuliers. Si l'on dit aux Noirs que l'on va les compter comme des Noirs, le risque est immense, d'une part, qu'ils se pensent eux-mêmes comme des Noirs, y compris ceux qui, jusqu'à présent, se pensaient d'abord comme des Français et, d'autre part, que les autres communautés les regardent ainsi alors qu'ils les voyaient jusqu'alors comme des collègues de bureau ou des voisins de palier. Ça, c’est une vision idyllique de la République !
En même temps, si l’idée de classer les individus en fonction de leur faible visibilité a été l’une des pistes scrutées par M. sabeg, c’est parce que cette même république a failli douloureusement en matière d’égalité des chances. Elle a posé des principes éminemment louables et respectables dont la violation, par des acteurs politiques et économiques, a causé un dommage sérieux non seulement aux éternelles minorités bafouées mais également au vivre ensemble. Et évidement cette situation ne saurait perdurer au risque de faire le lit à un communautarisme (si ce n’est déjà le cas ?) pouvant servir de détonateur à toutes sortes d’explosion sociale ou religieuse.
Selon un sondage douteux réalisé par SOS Racisme et l'UEJF (L'Union des Etudiants Juifs de France) il semble qu’une petite majorité de Français (55%) ne jugent «pas efficace» la mise en place de statistiques ethniques pour lutter contre le racisme, l’antisémitisme ou les discriminations.
Comment peut-on questionner les français sur l'efficacité d'une mesure qui n'a pas encore été mise en pratique ? Comment juger de l'efficacité des statistiques, qui sont un instrument d'évaluation des discriminations dans notre pays ? Demande-t-on aux statistiques de l’Insee d'être efficaces contre la récession ? Pour autant, il n’en demeure cependant pas moins que ces statistiques doivent continuer à exister.
Pourquoi d’ailleurs SOS racisme dans un communiqué accorde-t-il un point important à l'expression "statistiques ethniques" ?
Le mot "ethnie" doit être banni dans notre république. L'usage qu’en fait SOS Racisme est inquiétant et inconcevable avec l’idée que je fais de la cohésion nationale.
Par ailleurs, M. Sabeg, à aucun moment ne parle de statistiques ethniques, mais plutôt de statistiques de la diversité.
Les statistiques de la diversité seraient d’une grande utilité, étant l’unique baromètre de mesure possible des discriminations indirectes, qui sont quand même les discriminations les plus flagrantes et les plus graves. Notamment pour ce qui concerne les différences salariales et les inégalités dans les évolutions de carrière.
En tous cas, il est heureux de constater que Carlos Ghosn, PDG de Renault Nissan, et Anne Lauvergeon, patronne d'Areva sont favorables à la mesure de la diversité.
Enfin, à cette courageuse proposition de M. Sabeg s'ajoute un sérieux obstacle juridique. En 2007, le Conseil constitutionnel a décidé que les traitements statistiques qui reposeraient sur l'origine ethnique ou la race seraient contraires à l'article 1er de la Constitution. Compte tenu de ces contraintes, il est évident que M. Sabeg sentira la nécessité de rendre un rapport vertueux et respectueux de la loi fondamentale.