Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.

Publicité

Vers un désarmement nucléaire ? : Entre chimère et doute.

Cette année, le monde s'apprête à célébrer  le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, qui a mis un terme à la guerre froide. Mais vingt ans après, il existerait encore dans le monde quelque 26.000 armes nucléaires, dont près de 95 % sont détenues par les ennemis d'hier, c’est-à-dire, la Russie et les Etats-Unis. Certes, cet arsenal a été réduit. Mais les nouvelles tensions entre Moscou et Washington ont rendu impossible la poursuite de réelles négociations sur un désarmement, comme Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev avaient commencé à l'entrevoir.

Aujourd'hui, Barack Obama et Dimitri Medvedev, qui doivent se rencontrer début avril en tête à tête en marge du G20 de Londres, se sont néanmoins engagés à les reprendre. Au centre de l'édifice, les deux puissances doivent renégocier un successeur à l'un des accords bilatéraux majeurs qui a permis d'éliminer les deux tiers environ des armes stratégiques : le traité de réduction des armes stratégiques (Start pour Strategic Arms Reduction Treaty). Cet accord signé en 1991, trois semaines seulement avant le putsch de Moscou annonciateur de la fin de l'URSS, arrive à échéance le 5 décembre prochain. En outre, les deux traités (Start 2 et Start 3), qui devaient lui faire suite, sont restés lettre morte.

Certes, un traité de réduction des arsenaux nucléaires stratégiques (SORT-Strategic offensive reduction treaty) a été conclu en 2002. Il prévoit de limiter, d'ici à 2012, le nombre d'armes nucléaires stratégiques prêtes à l'emploi à une fourchette allant de 1.700 à 2.200 pour chaque pays, mais sans prendre en compte les armes en réserve ou en attente de démantèlement ni de fixer un processus serré de vérification.

De plus, le projet d'étendre en Pologne et en République tchèque le bouclier américain antimissiles nucléaires, a créé des tensions avec Moscou. Cette extension du système défensif a été décidée par le président Bush après avoir dénoncé « unilatéralement » un autre monument de la détente Est-Ouest, le traité ABM de 1972 sur la limitation des missiles antibalistiques.

Selon Washington, ce bouclier vise à assurer une protection face à un pays comme l'Iran, si un jour il se dotait de l'arme nucléaire et du vecteur capable de l'emporter. Mais Moscou, qui perçoit derrière les élargissements successifs de l'Otan à l'Est une tentative d'encerclement par les Etats-Unis, considère que ce bouclier est tourné contre la Russie. Du coup, après avoir renoncé au traité sur les armes conventionnelles en Europe (CFE) signé en 1990 et devenu obsolète, la Russie a menacé de déployer des missiles dans l'enclave de Kaliningrad. Certes, les armes nucléaires n'occupent plus dans les doctrines militaires, américaine et russe, la place qu'elles avaient à l'époque de la guerre froide où elles assuraient, en mode binaire, un équilibre entre les deux blocs. De plus, les conflits d'aujourd'hui font appel à des forces conventionnelles. Pourtant, la reprise d'une négociation sur le Start est au cœur du nouvel équilibre entre la Russie et les Etats-Unis. Même si, selon toute vraisemblance, les deux puissances devront jouer les prolongations après le mois de décembre. Car, outre la complexité même de l'architecture de sécurité, deux « cultures politiques très différentes » s'affrontent, comme le soulignait lors d'un colloque de la FRS (Fondation pour la recherche stratégique) le professeur Jean-Christophe Romer de l'université de Strasbourg. Les Russes, selon lui, ont une vision « très notariale : ils veulent vraiment un traité ». De leur côté, les Américains cherchent à échapper à toutes contraintes qu'ils n'auraient pas eux-mêmes fixées.

Ce qui signifie que les deux puissances vont devoir retrouver l'art de la négociation bilatérale après huit années d'« encéphalogramme plat » en la matière pendant la période Bush.

Pour compliquer le tout, au-delà des objectifs avancés pour le nombre d'ogives nucléaires maximum pour chaque pays (1.000, 1.500), les Etats-Unis et la Russie ne sont pas les seules puissances nucléaires au monde. Si la Grande-Bretagne et la France ont très fortement limité leurs armes nucléaires, la Chine, cinquième puissance nucléaire officiellement reconnue, tend au contraire à les augmenter. En outre, l'Inde, le Pakistan et Israël, trois pays qui sont restés en dehors du traité de non-prolifération (TNP), se sont hissés au rang de puissance nucléaire, ainsi que la Corée du Nord. L'Iran, si Téhéran parvient à se doter de l'arme nucléaire, représente un autre risque : celui de la prolifération au Moyen-Orient d'abord, mais aussi en Asie.

Ce qui limite la possibilité de réduire de façon drastique leurs armes nucléaires et de parvenir à l'objectif de l'« option zéro » (sans armes nucléaires), comme le propose désormais l'ancien secrétaire d'Etat Henry Kissinger. A moins d'un changement global de l'équilibre des forces dans le monde.
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article