"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
Faut-il interdire aux banques leurs bonus et/ou dividendes comme le suggère Nicolas Sarkozy ? La question est légitime. Elle est même grave. Quand l'Etat, c'est-à-dire vous et moi, prête plus de 20 milliards aux banques, ce n'est pas forcément pour voir cet argent atterrir dans les poches des patrons ou des actionnaires. C'est pour aider les établissements financiers à faire leur métier, toujours le même depuis la nuit des temps : prêter de l'argent. C'est parce que ce ressort s'est abimé d'un coup que le monde a plongé dans les ténèbres de la crise. C'est pour le réparer que l'Etat injecte des liquidités. Pour l'instant, en dépit des conditions qu'il a posées, on peut dire que le succès n’a pas été au rendez-vous. Les banques reconstituent leurs fonds propres mais n'ouvrent pas beaucoup le robinet à crédit. D'où la nouvelle intervention publique, et la nouvelle admonestation : patrons et actionnaires serrez-vous la ceinture pour permettre le redressement de la France !
Cela pose néanmoins deux problèmes. Le premier, c'est que l'Etat n'est pas décideur. C'est le conseil d'administration qui décide des politiques de rémunération et de dividende des entreprises. Or, les pouvoirs publics français n'y sont pas parce qu'ils n'ont pas voulu entrer au capital. Les banquiers n'en voulaient pas et l'Etat, plus par idéologie que par expérience, n'a pas voulu renouer avec les heures peu glorieuses du Crédit Lyonnais.
D’une part Nicolas Sarkozy a commis une grave erreur d’appréciation en n’exigeant pas la renonciation par les banquiers à leurs bonus et/ou dividendes lors de l'annonce du plan de soutien en octobre.
D’autre part, en faisant le choix quelque peu inopportun de ne pas rentrer au capital des banques comme cela a été le cas notamment en Grande-Bretagne, l'Etat s'est privé de la possibilité de siéger à leur conseil d'administration, et donc de peser voire d’influer sur ses décisions.
Il y a fort à parier que si les difficultés de certains établissements s'accentuent, l’Etat devra mettre un mouchoir sur son idéologie libérale et renouer avec l'aventure des nationalisations bancaires.
Le deuxième problème, c'est que les banques, si elles doivent avant tout penser à leurs clients et à l'intérêt général, ne peuvent pas oublier totalement leurs actionnaires. Ne serait-ce que parce que certaines d'entre elles pourraient bien en avoir besoin prochainement à la faveur d'une augmentation de capital. Du triptyque essentiel sur lequel repose toute entreprise, les clients, les salariés et les actionnaires, le balancier était parti exagérément vers le dernier depuis plus de vingt ans. Un rééquilibrage violent est en train de s'opérer au profit du client. Il devra l'être aussi au profit du salarié. Mais on ne peut totalement oublier l'actionnaire qui, depuis la nuit des temps, est tout de même au cœur de toutes les aventures économiques. Si les banques n’arrivent pas à instaurer le bon dosage, il revient inévitablement à l’Etat de taire ses élucubrations idéologiques et de servir l’intérêt des français, c’est-à-dire, une fois encore, de vous et moi.