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"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.

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L’ULTRALIBERALISME : UN MAL NON NECESSAIRE

En ayant remis au goût du jour l’individualisme, le mérite et l’autorité, la droite se gargarisait d’avoir remporté la bataille idéologique. Que nenni ! Sa politique inique (qui a largement échoué !) confrontée à la dure réalité relance l’impérieuse nécessité de renforcer, au sein de notre société, les valeurs d’égalité et  de solidarité.

 

Le bouclier fiscal, dispositif aussi injuste qu’inopportun, a fait parler de lui dans un rapport publié par le Dauphiné libéré.

Selon un bilan du dispositif dont s’est fait l'écho le Dauphiné libéré, moins de 0,04% des contribuables français ont bénéficié du bouclier fiscal en 2007, dans son édition de lundi. Dimanche,, Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, avait osé dire que le bouclier fiscal profitait d'abord aux ménages modestes. Si effectivement, 64% des bénéficiaires déclarent un revenu annuel inférieur à 3.753 euros, 68% des sommes reversées par l'Etat vont à 671 redevables disposant d'un patrimoine supérieur à 15,53 millions d'euros.

 Le bouclier fiscal fait aujourd'hui qu’un contribuable ne peut pas payer en impôts plus de la moitié de ce qu'il gagne. Malgré les critiques de la  Gauche, l'UMP et le gouvernement répètent inlassablement, depuis sa création, que ce dispositif profite d'abord à des ménages modestes. Claude Guéant, nous l’avait   encore répété dimanche. Depuis juin 2007, le bouclier fiscal limite à 50% des revenus le niveau des impôts directs, qui était auparavant fixé à 60%.

Moins de 0,04% des contribuables français ont bénéficié du bouclier fiscal en 2007 : ce sont les résultats de la première étude réalisée par le ministère du Budget. Celle-ci a été adressée vendredi aux membres de la commission des finances de l'Assemblée nationale à la demande de son président, le socialiste Didier Migaud. En tout, 15.066 Français ont bénéficié de la disposition. Comme le soutient effectivement l'UMP, la majorité des bénéficiaires (64%) déclare un revenu annuel inférieur à 3.753 euros mais cela ne représente qu'une faible somme. Une minorité d'entre eux, 2.242 contribuables bénéficiant de revenus supérieurs à 41.982 euros, reçoivent à eux seuls 82,9% des sommes reversées (environ 246 millions d'euros au total) par le fisc, soit 84.700 euros chacun.

671 redevables disposant d'un patrimoine supérieur à 15,53 millions d'euros, "soit 77 fois le patrimoine moyen d'un Français", se réservent 68% des sommes reversées, soit un "cadeau de l'Etat" de 231.900 euros en moyenne pour chacun d'eux. Parmi eux, 13 contribuables "déclarent un revenu annuel inférieur à 3.753 euros, soit moins qu'un RMI, et 27 d'entre eux affichent moins de 12.964 euros par an, soit moins que le SMIC". Selon le Dauphiné libéré, il s'agirait de personnes exploitant au mieux les niches fiscales, telles que les investissements défiscalisés dans les Dom-Tom et qui, au final, ne paient que 47 euros d'impôt sur le revenu.

En pleine période de crise économique, financière et budgétaire, il serait illogique que le Gouvernement, fier de sa caquette d’ultralibérale, reconduise un dispositif inutilement coûteux et fatalement illégitime.

Par ailleurs, en ce moment d’agitation boursière, nul ne connaît  encore les conséquences réelles de la bulle immobilière américaine ni celles  de la bulle financière en Europe. A force de vouloir de « titriser » voire de concevoir des produits financiers ultra sophistiqués déconnectés de la vie réelle, les adeptes de l’ultralibéralisme ont montré à travers leurs échecs l’inanité et la dangerosité de leur idéologie.

 

 La religion du marché  omnipotent, omniscient, n’est pas si différente de ce que fut l'idéologie communiste. Elles ont régné sans partage pendant plusieurs décennies : sept pour le communisme, presque quatre pour l'ultralibéralisme. C'est après  la chute du Mur de Berlin que l'on a découvert l'immensité du mensonge du premier système. On le pressentait, des esprits indépendants et courageux comme Soljenitsyne ou Havel l'avaient écrit depuis longtemps, mais soudain l'empire du mensonge était nu. On comprenait que tout n'avait été que propagande, publicité nauséabonde, que tout n'était que rêves frelatés, lubies, escroqueries intellectuelles.

 

La crise actuelle reproduit un scénario comparable. Depuis la mise en œuvre, par Ronald Reagan et Margaret Thatcher, de la doctrine de Milton Friedman, le rouleau compresseur idéologique libéral a tout balayé sur son passage. Un grand nombre de chefs d'entreprise, d'universitaires, d'éditorialistes, de responsables politiques ne juraient plus, avec arrogance et férocité, que par le marché tout-puissant. Ils avaient réussi à ringardiser Keynes, l’inventeur de l’interventionnisme économique de l’Etat. Toute voix dissonante, fût-elle timidement sociale-démocrate en rappelant les vertus d'un minimum de régulation publique, passait pour un aliéné. Et voici que tout à coup, la vérité apparaît. L'autorégulation du marché est un mythe idéologique, le jeu des acteurs économiques affranchis de toute règle ne converge pas mais, au contraire, diverge gravement, aidé en cela par le naufrage éthique de certaines élites financières. Bref, la doctrine de Friedman est erronée parce que toute mécanique humaine sans contre-pouvoirs ne tend pas vers l'équilibre mais vers la spéculation, c'est-à-dire vers la déraison et in fine…. Le gouffre.

 

L'effondrement des marchés fait ainsi figure de chute du Mur pour les fondamentalistes libéraux. Leur base doctrinale est nue comme cela le fut pour les communistes en 1989. Quand, après tant de férocité idéologique malsaine, productrice de tant d'excès et de maux, le moment viendra de reconstruire, il sera alors nécessaire concocter un précieux mélange de libertés, de règles et de contrôles, et se garder de tout esprit de système, car c'est avec des systèmes que l'on crée les rêves les plus fous et les malheurs les plus grands. Il est grand temps que le socialisme démocratique, réformiste, dessine le destin  social et solidaire de l’économie de marché.

 

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