"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
La traditionnelle fête organisée le 7 Juin à Vesoul (Haute-Saône) s’est déroulée sans un partenaire historique : L’association des Algériens de Franche-Comté qui participait activement à cette fête depuis plusieurs années l’a boycottée en raison de la vente d’alcool, principalement des canettes de bière.
En Septembre dernier, quatre lycéens sikhs de Drancy (région parisienne) qui voulaient garder leur turban avaient échappé au renvoi. Ils avaient alors accepté de porter un tissu couvrant seulement leur chignon. Cette situation a d’ailleurs encouragé un chef d’entreprise de Bobigny à créer pour la rentrée prochaine un lycée privé susceptible d’accueillir ceux qui refuseraient d’enlever leur turban.
En 2006, ce sont les catholiques du Var qui s’étaient élevés contre le téléthon, c’est-à-dire contre le fait que l’argent des donateurs serve à financer des recherches utilisant des embryons humains.
En 2007, le maire de Sarcelles met fin, après sa dénonciation par le MRC local, au privilège qu’il accorda à une association de femmes juives. En effet, le maire, en 2003, avait accordé des horaires réservés de la piscine municipale à cette association parce que leur culte loubavitch orthodoxe leur interdit de se baigner en présence d’hommes.
La semaine dernière, le scandale est venu de la ville de Vigneux-sur-Seine (Essonne). Un tournoi de basket féminin intermosquées prévu le 29 Juin au gymnase municipal n’aura pas lieu parce que sur l’affiche, on pouvait lire que « l’entrée est réservée aux femmes exclusivement ». Au regard de la polémique provoquée par ce bout de phrase, la municipalité annula alors le prêt du bâtiment.
Menus des cantines sans porc à Lyon, aménagement des horaires de piscines aux femmes à la demande d’associations musulmanes à La Verpillière dans l’Isère, les étudiants juifs mécontents d’être convoqués aux examens le Samedi, le jour du Sabbat, les crises à l’hôpital entre médecins et fondamentalistes barbus qui refusent mordicus que leur épouse soit auscultée par un homme, les mères voilées (exclues des sorties scolaires à Cergy dans le Val-d’Oise) qui ne renoncent pas à accompagner leur bambins lors d’un projet d’école,… : voilà le lot des petits incidents qui rentrent en conflit avec le principe incontournable et fondateur de la laïcité.
La République, Une et Indivisible, se retrouve confrontée à des associations culturelles sinon cultuelles dont les revendications sont souvent incompatibles avec le concept de laïcité et d’intégration à la française.
Il est clair que certains élus locaux, ne voulant pas froisser leurs électeurs, ont souvent du mal à dire non à certaines requêtes communautaires incompatibles avec la laïcité. Dans le cas de la Ville de Vigneux-sur-Seine, le fait que des jeunes filles issues d’un cocon fondamentaliste voire fermé puissent échapper aux contraintes et aux aberrations familiales et se lâcher à fond sur un terrain de basket est chose intéressante et recommandable. Mais l’interdiction de mixité (« entrée réservée aux femmes exclusivement »), encouragée par une idéologie discriminatoire, sexiste et anachronique est préjudiciable à la femme. Sous prétexte qu’elles n’ont pas à être regardées par les hommes lorsqu’elles jouent au basket, alors elles n’en feront pas (annulation du prêt du gymnase municipal) voire plus de sport du tout ! De la même façon que la religion est bonne pour le moral, le sport est bon pour la santé ! Entretenir sa santé doit forcément faire plaisir à Dieu, si on part du principe que c'est lui qui nous a créés ! A l’avenir, à Vigneux ou ailleurs, pourquoi ne pas faire jouer celles qui le désirent en pantalon et casquette vissée sur la tête ? Mais interdire aux hommes de voir des filles mettre des paniers à trois points à l’image des stars de la NBA, c’est NON !
La laïcité, fruit de notre histoire, est un fondement de la République en France. La Révolution française a posé les bases de la liberté religieuse et de la séparation entre l’État et l’Église.
Le principe de laïcité inscrit dans la constitution constitue aujourd’hui un des fondements de la République française. Elle trouve sa principale expression dans l’enseignement, mais se traduit aussi par un encadrement des relations financières entre les collectivités publiques et les religions et par le principe de neutralité des services publics. Elle repose sur deux principes : l’obligation de l’État de ne pas intervenir dans les convictions de chacun et l’égalité de tous devant la loi, quelle que soit leur religion. Elle implique ainsi la liberté de conscience et de culte, la libre organisation des Églises, leur égalité juridique, le droit à un lieu de culte, la neutralité des institutions envers les religions, ainsi que la liberté d’enseignement.
L’Islam, deuxième religion de France avec plus de 4 millions de musulmans, peine à se faire comprendre par nombre de nos concitoyens. Cette religion, née dans un monde patriarcal, tient la femme pour faible et vulnérable. Certains hadiths - les actes et les paroles du Prophète – la présentent même comme physiologiquement inférieure. Dans le classement juridique des catégories de l’humanité, elle arrive en fin de liste après les hommes et les adolescents.
Pendant que l’homme est libre de convoler avec une croyante d’une autre confession, la femme doit épouser un musulman. L’homme protège les siens et subvient intégralement aux besoins de la famille, même si son épouse travaille de son côté. Il est maître en son foyer et dans son lit comme le prévoit le verset 34 de la sourate IV : « Admonestez les femmes dont vous craignez l’infidélité ; reléguez-les dans des chambres à part et frappez-les. Mais ne leur cherchez plus querelles si elles vous obéissent ».
Ces écrits avaient certes un sens au temps du Prophète. Mais leur conception et leurs pratiques sont inacceptables et incompatibles avec l’idéal d’égalité que poursuit la République.
Les traditions ou préceptes religieux, quelles qu’ils soient, ne sauraient également s’affranchir du principe fondateur de la laïcité, gage de la cohabitation pacifique de toutes les croyances. Ce n’est pas à l’Etat d'évoluer au rythme d’une religion, c’est plutôt à cette dernière, dans le respect du pluralisme du culte, de se conformer aux habitudes républicaines de neutralité et de tolérance.
Il ne s’agit pas de stigmatiser, comme le font certains détracteurs mal intentionnés, les musulmans de France. Il s’agit plutôt, via la nouvelle ossature du CFCM (malgré toutes ses imperfections et ses incohérences) de créer un espace de dialogue permettant de faire évoluer voire de moderniser en profondeur certaines pratiques ou préceptes islamiques. La laïcité n’est pas l’ennemie de l’Islam ou de toute autre religion ; elle est plutôt un garde-fou qui encourage sa pratique dans le respect de la diversité des croyances.
S’il est vrai que toutes les politiques, de gauche comme de droite, ont failli à leurs missions d’intégration des jeunes, j’ai toujours la faiblesse de croire que les idéaux républicains peuvent constituer de puissants leviers intégrationnistes.
L’intégration, ce n’est pas d’accorder des subventions à telles ou telles associations religieuses avec la contrepartie de recueillir leurs scrutins le jour des élections! C’est d’abord le respect et la reconnaissance de la diversité culturelle et religieuse assortie de la possibilité d’avoir un lieu de culte (mosquées, églises, synagogues ou temples…). C’est aussi la nécessité impérieuse et ardente de mettre fin aux discriminations raciales ou religieuses au profit d’une laïcité pleinement reconnue et revivifiée.