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"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.

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LA GAUCHE N’A PAS ENCORE GAGNE….

Elections régionales, conséquences nationales. Ce qui n'était pas vrai le 13 mars, veille de revers, l'est devenu le 22, lendemain de défaite. La retouche apportée hier à la composition du gouvernement est la première manifestation de cette droitisation affirmée de la nouvelle donne sarkozienne. Comme la plupart de ceux qui l'ont précédé, ce remaniement possède un côté sacrificiel dont la V e République a fait son péché. L'intérêt est moins d'amener dans l'équipe de nouvelles têtes censées incarner de nouveaux courants - ce qui intéresse peu une opinion désenchantée de la politique -que d'en faire tomber.


Cependant, face à l'ampleur inhabituelle d'une victoire ou d'une défaite, comme c'est le cas avec ces élections régionales, la tentation est grande d'en occulter les questions sous-jacentes. Pour un scrutin  sanctionnant certes les erreurs du Président de la République mais dont le fait prédominant reste à mon sens une forte abstention, il faudra faire preuve de lucidité politique. Le score de l'abstention donne la mesure d'une maladie de langueur démocratique qui n'est après tout que le reflet de celle, économique, dans laquelle la crise financière a plongé la France, comme le reste de l'Europe.


Ce serait faire preuve d’une imbécile naïveté  de considérer la défaite sans appel de la majorité présidentielle dans ce scrutin local comme une préfiguration de ce qui l'attend en 2012, au terme du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Bien d'autres exemples ont mis en évidence le découplage entre les deux types d'élections, à commencer par la victoire de la droite aux élections présidentielles (et législatives) survenue trois ans après la déroute chiraquienne aux régionales de 2004. Mais aussi l'incroyable élimination de Lionel Jospin dès le premier tour de la présidentielle de 2002, pratiquement dans la foulée de la bonne tenue des listes socialistes aux municipales de 2001.


Pour toutes ces raisons, capitaliser sur sa belle surprise printanière ne sera pas facile pour le Parti socialiste, incontestable vainqueur de ces régionales même si l'échec alsacien en minore un peu l'éclat, au regard du « grand chelem » hâtivement pronostiqué par Martine Aubry. Sans doute la victoire conforte-t-elle son leadership sur son remuant parti ; elle va aussi réveiller immanquablement les appétits de ses rivaux présidentiables, parmi lesquels Ségolène Royal, brillamment reconduite en Poitou-Charentes. Les barons locaux du PS ont pu vérifier une fois de plus qu'il leur est possible de croître et de prospérer dans les urnes, même quand leur formation se trouve durablement éloignée du pouvoir. Un constat qui ne les incite pas forcément à faire preuve du minimum de discipline collective nécessaire à la reconquête de celui-ci. Le grand défi de la Rue de Solferino, désormais, c'est de se donner un programme qui ne se résume pas à l'antisarkozysme. Un courant plus porteur pour le vote FN, à nouveau ragaillardi, que pour la mise sur orbite d'une vraie alternative.


Le choc récessif de 2009 a redonné un coup de jeunesse au credo social-démocrate qui fait de l'Etat le grand amortisseur des dérapages de l'économie. Cette remise en selle de son vieux fond doctrinal n'exempte pas la gauche de gouvernement de dire comment elle compte, avec une croissance qui paraît pour longtemps affaiblie, assurer le financement d'un Etat-providence en voie d'asphyxie. Au moment du Front populaire, Paul Reynaud avait lancé à Léon Blum : « Il ne peut y avoir de classe ouvrière heureuse dans un pays ruiné. » La crise grecque est venue rappeler aux opinions européennes que l'objection peut redevenir à tout moment d'actualité, et qu'elle concerne cette fois directement l'ensemble des classes moyennes. Ces dernières commencent à mettre en tête de leurs priorités le rétablissement des finances publiques, conscientes que les déficits d'aujourd'hui sont les atteintes au niveau de vie de demain.


Enfin, la multitude des chantiers ouverts depuis 2007 et les erreurs d’appréciation qui y sont entachées  ont créé inévitablement des mécontentements en raison de leur complet déphasage avec un minimum de justice et d’équité sociale.


Le président a évoqué une pause dans les réformes en 2011. Mais le sujet est donc moins de savoir s'il faut ou non réformer mais comment le faire, et à quel rythme.


Les « vraies » réformes sont celles qui réconcilient le besoin d'action avec celui d'une vision à long terme. De ce point de vue, la vision réformatrice des socialistes  retrouve l’opportunité de passer aux travaux pratiques via les conventions thématiques. Ce n’est qu’après cela qu’on pourra juger réellement l’adhésion des français à leurs idées pour 2012.


Qui peut oser dire qu’une victoire nationale en 2012 est moins importante que celle des régions d’aujourd’hui ?

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