"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
La dette atteint un niveau tel qu'elle bride la compétitivité et la croissance, menace le modèle social et réduit à néant les marges de manœuvre politique. Vite des vitamines !
L'économie française est anémiée. Après s'être relevée il y a un an d'une chute terrible, elle semble déjà suffoquer. La consommation en produits industriels chute après avoir été dopée par la prime à la casse l'an dernier. La production industrielle n'a regagné que le tiers du terrain perdu et recommence à stagner. Le tableau de l'économie que brosse l'Insee fait penser cette année aux montres de Dali dans sa célèbre « Persistance de la mémoire ». Tout est lent, modéré, sans tonus. La consommation n'a plus de nerfs, avec un emploi en baisse et une petite hausse des prix qui suffit à éroder le pouvoir d'achat. L'investissement manque de souffle. Les entreprises n'ont guère de raisons de s’équiper- la demande reste faible et les machines tournent peu -et une raison de limiter leurs dépenses - leur situation financière reste bien moins favorable que celle de leurs rivales allemandes ou américaines, même si elle s'améliore. Le commerce extérieur reste trop cotonneux pour tirer l'activité. Nos entreprises ne parviennent toujours pas à profiter du dynamisme des pays émergents.
Cette situation pose un grand défi au gouvernement. Il n'est évidemment pas question de relancer plus que nécessaire la dépense publique alors que le déficit dépasse déjà 8 % du PIB. Il n'y a plus une seule poche d'argent disponible. Sauf… l'épargne des particuliers. Cette année, nous allons mettre plus de 220 milliards d'euros de côté. Rapportée au revenu, cette épargne est la plus élevée des grands pays développés. Si nous descendions au taux allemand, nous dépenserions 20 milliards d'euros de plus, soit 1 % du PIB. Au taux italien, 50 milliards de plus… Pour convaincre les Français de moins remplir leur bas de laine, il y a deux leviers. D'abord, rassurer sur l'emploi. Ce que le gouvernement est incapable de faire. Ensuite, rassurer sur la retraite. Il y a vingt ans, quand les Français n'épargnaient pas assez, un conseiller influent du ministre de l'Economie de l'époque lui avait dit : « Il faut les inquiéter sur leur retraite. » Aujourd'hui, il faut faire l'inverse. A peine 27 % des Français sont confiants dans leur retraite future, contre 39 % des Européens. Les méfiants ont pour l'instant raison car le système va perdre 25 milliards d'euros cette année, déficit qui était prévu pour 2020. Une vraie réforme des retraites n'est donc pas seulement le dernier projet de Nicolas Sarkozy ou une nécessité à long terme. C'est le seul moyen d'ouvrir la dernière poche d'argent assez profonde pour stimuler la croissance.
Enfin, la popularité de la politique économique de l'exécutif atteint son niveau le plus bas depuis la présidentielle de 2007 ; la gauche apparaît plus crédible que la majorité sur une grande partie des sujets du moment, à l'exception - notable -de la sécurité et des déficits publics.
Cependant les Français seraient bien en peine de dire quelles sont les propositions précises de la gauche sur la santé, les retraites, la politique économique, l'environnement ou les comptes publics... hormis la suppression du bouclier fiscal, présentée comme un remède à tout.
Si Sarkozy a déçu les espérances en ne tenant pas ses promesses de 2007, la gauche doit être capable de redonner l’espoir…et espoir rime avec crédibilité du projet. On n’y est pas encore !