"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
On connaissait la « positive attitude » ! Mais voilà la « normale attitude » qui semble placer sous le signe du succès : Qui l’aurait cru ? Qui aurait pu croire, en effet, qu'aujourd'hui, dans un pays qui se paie de mots, souvent emphatiques, un candidat puisse, avec succès, se prévaloir d'être "normal" ? Pourtant, François Hollande l'a fait, qu'une "primaire citoyenne" a qualifié, de façon claire et nette, pour affronter Nicolas Sarkozy.
Normal ne veut pas dire banal, au contraire. Normal signifie digne, respectueux de sa fonction, de celle des autres et des codes de la République (l'anti-Sarkozy). La normalité revendiquée comme l'antithèse de l'agitation, de la nervosité et de la brutalité, parfois, du sarkozysme première manière, encore dans tous les esprits. Antithèse, aussi, de la recherche du clivage ; lorsque l'inquiétude et la peur dominent, l'aptitude à créer du consensus redevient une valeur sûre.
Lorsque Michel Rocard, dans son discours de Joué-lès-Tours, avait théorisé l'exercice du pouvoir en démocratie non comme l'imposition, par une majorité, de sa loi à une minorité, mais comme l'élaboration patiente de solutions consensuelles, Laurent Fabius s'était déjà dressé pour dénoncer le « consensus mou ».
Une présidence « normale » sera donc proposée au pays. Ce qui signifie ne plus décider de tout, ne pas vouloir avoir raison sur tout. Eternelle promesse qu'aucun des présidents n'a appliquée, tous ayant illustré la maxime de Thucydide : « Tout homme va toujours au bout de son pouvoir ». Surtout lorsque, comme c'est le cas sous la Ve République, ce pouvoir est hors norme. François Hollande se place sur la ligne de départ avec un atout et un handicap. Outre la légitimité acquise grâce à la primaire, il a vu sa stratégie validée : le « rêve français » mis en avant, celui d'un pays réconcilié avec sa jeunesse, permet de se projeter au-delà des difficultés du moment. S'il est vrai qu'à ce jour la France rejette Nicolas Sarkozy et aspire majoritairement à l'alternance, la gauche n'en bénéficie que parce qu'elle est la seule alternative possible. Partout ailleurs en Europe, la droite affaiblie par la crise est impopulaire, mais le mois prochain, la gauche sera balayée en Espagne... Celles et ceux qui, en France, disent préférer la gauche à la droite n'expriment pas moins une grande méfiance à l'égard des solutions des uns et des autres.
C'est là le principal obstacle de François Hollande : il lui faut convaincre que ce qu'il propose est réaliste et efficace. Il a déjà pris acte de la faible croissance qui nous attend pour 2012. Il a conscience du déficit abyssal qui nous sera légué par le pouvoir en place. Alors, il devra en tirer les conséquences et proposer rationnel et juste. Sans pour autant renier certains fondamentaux du projet socialiste.
« La justice, la justice », martelait Hollande à la manière de François Mitterrand, lors du débat des primaires. La justice dans la répartition de l'effort, dans l'égalité de traitement, dans les conditions d'accès de la jeunesse à la méritocratie : c'est sans doute ce que François Hollande pourra offrir de mieux, dans le contexte inédit d'une absence quasi totale de marge de manœuvre, dans un pays surendetté où tous les clignotants sont au rouge. Conditions qui font de sa désormais légendaire prudence, une force. Même si, à trop croire en la négociation, Barack Obama est allé, lui, de renoncement en renoncement, au point de compliquer les perspectives de sa réélection.
Certes, bien avant, il faudra battre Nicolas Sarkozy, qui est loin, malgré les sondages qui lui sont défavorables, d’avoir perdu les échéances de 2012.