"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
Dans un parti socialiste qui est cette semaine balkanisé en tendances de circonstance et en retournement d'alliances (Olivier Faure, ancien conseiller d'Aubry est chez Hollande; Moscovici et Fabius, hier unis chez DSK, se font la guerre l'un chez Hollande, l'autre chez Aubry), on a assisté à un premier tour fascinant dimanche soir et à une promesse: celle d'un second tour ouvert.
François Hollande a réussi un sans faute, en solitaire d'abord, en homme du consensus après. Il a d'abord "joué perso" pour incarner la fonction présidentielle, avant de se construire dans un "nous collectif" qui lui a réussi: celui de la synthèse majoritaire. La presse l'a adoré (surtout celle de droite qui le prend pour le "Pompidou de gauche"). Il faut dire que pendant trente ans, Hollande a cultivé ses réseaux médiatiques et on a souvent oublié qu'il a construit son carnet d'adresse, dès 1983, comme directeur de cabinet des deux porte-paroles du gouvernement socialiste (Max Gallo et Roland Dumas). Les médias: c'est son métier. Ce fut la clé de sa montée en puissance.
Comme premier secrétaire, il a été remarquable dans l'art de gouverner par consensus. C'est ce qui, dans ces primaires, a fait peu à peu sa force avant finalement de le piéger. La synthèse se fait, elle ne se décrète pas. C'est malin d'être au-dessus de la mêlée quand on a gagné; c'est présomptueux, sinon arrogant, quand on est encore dans l'arène et dans le duel. Parti trop vite, Hollande a voulu sauter l'étape des primaires pour se concentrer sur les présidentielles. Il a oublié que les primaires c'était le choix. La démocratie. Et que les Français aiment la compétition et veulent choisir. En hésitant au dernier moment sur Hadopi, le mariage gay, l'école ou la règle d'or, il a donné de bons arguments à ses opposants - et d'abord à Martine Aubry. "Les jeux sont faits" fanfaronnaient Pierre Moscovici et autres. François Hollande n'est pas la "gauche molle", mais il a raté la fin de sa campagne la semaine dernière en donnant l'impression qu'il l'était. Du coup, la dynamique de sa campagne a été cassée, quand celle de sa concurrente a été relancée.
Martine Aubry a fait le chemin inverse. Elle a trop longtemps "joué collectif". Elle a réuni la maison socialiste, et de la cave au grenier, elle n'a plus eu que le catéchisme socialiste à la bouche. Elle s'est décidé tardivement à dire "je". Elle l'a payé au prix fort dans les sondages et les médias - du moins dans l'opinion: elle ne fut jamais la favorite, piégée par le vrai-faux "pacte de Marrakech". Sa communication a été brouillonne. Ses alliances ont semblé la plomber (Fabius, Hamon, Delanoë, Emmanuelli ont poussé dans les bras de François Hollande leurs nombreux ennemis). Pour avoir trop longtemps joué la cocotte - j'y vais, j'y vais pas - elle a commencé à manquer de temps. Mais le diesel a mis le turbo et la semaine dernière elle a enfin fendu l'armure. En toute habileté, face aux sondages qui lui sont défavorables, elle a davantage plombé la dynamique de Hollande avec cette phrase choc : "On ne battra pas une droite dure avec une gauche molle".
Ce soir dans le débat et dans les jours qui viennent, François Hollande a le choix entre deux options. La première est celle de la guerre de positions. Il est et reste statique. Il prend les coups sans les rendre. Il consolide ses acquis et son identité.
La seconde option est celle du mouvement. Mais s'il bouge, sa machine s'ébranle et où va-t-il aller? Vers le centre: ce serait suicidaire, vu l'électorat qui se déplace aux primaires; vers la gauche: c'est brouiller un peu plus son image et changer une nouvelle fois de ligne.
La stratégie du second tour est donc finalement assez simple pour Hollande. Sécuriser sa base et rassembler ses troupes du 9 octobre, puis trouver les quelques pourcentages qui lui manquent chez ses alliés.
Il peut tenter une alliance avec Arnaud Montebourg mais elle est à haut risque (surtout que 4 % de ses voix lui suffisent). Il y perdrait de la cohérence et, en chemin, risque de voir s'effriter son bloc électoral. Il ne devrait donc pas, ce soir durant le débat, ni après, faire trop de promesses à sa gauche, ni de clin d'œil à Arnaud Montebourg, sauf à perdre ce qu'il a, pour espérer gagner ce qu'il risque de ne pas avoir. S'il ne fait pas trop de fautes, il devrait donc l'emporter.
Face à l'impuissance du mouvement de Hollande, Martine Aubry adopte depuis dimanche soir la stratégie inverse: s'allier à Arnaud Montebourg d'une part (du moins parler à ses électeurs) et chercher des réserves de voix ailleurs, dans une participation accrue à la gauche du PS, d'autre part. Ce soir, et dans les jours à venir, si elle n'arrive pas à un accord politique avec Montebourg, elle s'adressera, sans lui, à ses électeurs. Elle connaît leur petite musique. Elle pourrait aussi gagner le 16 Octobre, malgré le soutien inattendu et étonnant de Ségolène Royal à François Hollande.
Enfin, lequel(le) des deux concurrents fait peur à Nicolas Sarkozy ?
Tout semble indiquer qu’il a peur de la nature centriste, adaptable de Hollande, mais plus encore de son incapacité à décrypter Martine Aubry qui est pour lui un véritable mystère, un ovni politique.
Grosse modo, nos deux concurrents sont bons et aptes pour le job.
Qui peut encore douter de cette facile lecture de la compétition démocratique qu’offrent les primaires ?