"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
Si les ambitions élyséennes du sénateur de Belfort suscitent peu de réactions enflammées au PS, c'est d'abord parce qu'elles ne surprennent guère. Lors de son 5e congrès, le 27 juin 2010, le Mouvement républicain et citoyen (MRC) avait déjà proposé que son président d'honneur se présente à la présidentielle de 2012. Le 4 mai 2011, l'intéressé lui-même avait indiqué que sa candidature était probable, précisant qu'il l'"officialiserait" à l'automne.
Or depuis quelques semaines, plusieurs signes indiquaient que cette officialisation était imminente : la multiplication d'affiches estampillées "Chevènement 2012", et la parution d'un nouveau livre – le deuxième en neuf mois – au titre beau comme un programme électoral : Sortir la France de l'impasse.
Attendue, la candidature de Jean-Pierre Chevènement l'était d'autant plus que l'intéressé, ces derniers temps, ne cachait pas son amertume à l'égard du PS. S'il ne croyait sans doute guère à ses chances d'accéder à la présidence du Sénat au lendemain de la victoire de la gauche aux élections du 25 septembre, au moins espérait-il en présider la commission des affaires étrangères et de la défense. Il dut se contenter de la vice-présidence.
La candidature de Jean-Pierre Chevènement ne surprend donc pas les socialistes, mais elle ne les réjouit pas pour autant. « Il a fait un choix qui n'était pas forcément celui que nous aurions souhaité », concède Pierre Moscovici.
Si Moscovici se garde toutefois d'employer des mots trop durs, c'est parce qu'il espère qu'un renoncement est encore possible : « Pour en finir avec le sarkozysme, il faut que la gauche soit le plus rassemblée possible, et ce dès le premier tour. En se présentant, Jean-Pierre Chevènement prend donc une responsabilité particulière. C'est à lui de réfléchir à cette responsabilité et à nous de l'aider à réfléchir », explique-t-il.
Le même sentiment est partagé Par Henri Emmanuelli : « Jean-Pierre a le droit le plus absolu de peser dans le débat. Mais s'il va jusqu'au bout, alors il faut qu'il sache qu'il fait prendre des risques à la gauche. Avec une Marine Le Pen qui obtiendra probablement autour de 20 % des voix au premier tour, il n'y a pas de place pour une candidature comme la sienne ».
En se lançant dans la course à l'Elysée, Jean-Pierre Chevènement fragilise-t-il François Hollande, comme il avait affaibli Lionel Jospin en se présentant en 2002, au point de se voir accusé à posteriori d'avoir contribué à l'élimination de celui-ci dès le premier tour ?
Le parallèle est hasardeux. En 2002, Chevènement était dans un état d’esprit complètement différent. Lorsqu’il parlait de « Chirpin » et « Josrac », il mettait le premier ministre et le président dans le même panier. Aujourd'hui, il veut incarner auprès de Hollande un rôle d'aiguillon, et non d'opposant. Et dans ce registre, il peut s’avérer très utile dans le combat contre Sarkozy.
Disons-le ! Chevènement n'inquiète pas vraiment les socialistes car sa capacité de nuisance apparaît moindre qu'en 2002. A l'époque, il était une figure importante de la scène politique : il avait été ministre de l'intérieur pendant trois ans et on parlait de lui comme du « miraculé de la République » après l'accident d'anesthésie dont il avait été victime en 1998. Depuis, même si la situation trouve quelques échos dans ses idées, force est de constater qu’il n’est plus dans la fleur de l’âge et qu’il se retrouve complètement isolé avec son parti.
Cependant, même si sa candidature fragilise davantage Jean-Luc Mélenchon que François Hollande, il ne faut pas pour autant en minimiser les conséquences.
La seule stratégie qui vaille est celle imaginée avec tact et intelligence par Arnaud Montebourg : « Si Hollande reprend une partie des idées de Chevènement, la candidature de celui-ci sera inutile », croit Montebourg. Tout est dit.