"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
François Hollande a fait un pas en direction de François Bayrou en envisageant sa participation à une majorité présidentielle autour de lui.
Que va répondre l’homme du MoDem ?
On ne le saura que dans quatre mois car François Bayrou n’a pas la moindre intention de dévoiler ses stratégies avant le premier tour. D’abord parce qu’il veut croire qu’il sera lui-même au second tour. Mais, si on écarte cette hypothèse hasardeuse, toute la force de sa candidature consiste à faire à comprendre à François Hollande et à Nicolas Sarkozy qu’ils ne pourront pas gagner sans lui.
François Bayrou jubile car en posant de lui-même la question de la place du troisième homme de 2007, François Hollande l’a mis au centre du jeu. Il n’est espérait pas tant. Bref, on parle de lui : c’est la meilleure pub avant sa déclaration officielle de candidature.
En parlant déjà d’alliance avec lui, le PS et l’UMP laissent entendre qu’ils ne pourront pas gouverner seuls et qu’ils auront besoin d’une majorité élargie au centre.
En évoquant si tôt la question Bayrou, Hollande a-t-il pris un risque ?
Oui. On peut dire que François Hollande, en faisant cette ouverture inattendue, sort du face à face avec les Verts, un face-à-face agaçant pour lui et qui a sérieusement plombé les quinze premiers jours de sa campagne. C’était sans doute son objectif.
Mais sans avoir la moindre garantie du côté de Bayrou, il a pris le risque d’énerver son flanc gauche. D’ailleurs, Jean-Luc Mélenchon n’a pas tardé à se faire entendre. En effet, pour lui, il n’est pas question pour le Front de gauche de participer à un gouvernement qui comprendra des centristes. Pour Eric Coquerel, le secrétaire national du Parti de gauche, « une véritable politique de gauche est absolument incompatible avec celle de François Bayrou qui propose notamment une hausse de deux points de la TVA et un plan de rigueur de 100 milliards d'euros dont 50 milliards d'euros de coupes dans les dépenses de l'Etat et de la Sécurité Sociale ».
Il a pris un autre risque, périlleux pour le premier tour de la présidentielle : légitimer le vote Bayrou en laissant entendre que les retrouvailles seront possibles entre les deux tours.
On aurait tort cependant de ne voir là qu’un coup de poker. En 2009, François Hollande, qui n’était déjà plus premier secrétaire du PS, avait lancé un premier appel à François Bayrou en l’invitant à une « clarification » de ses « convergences » et de ses « divergences » avec le PS et en disant que, si les convergences l’emportaient, il faudrait en « tirer les conclusions ». A l’époque, Martine Aubry avait été très énervée par cette main tendue au MoDem.
Cela dit, Hollande n’est pas non plus totalement cohérent. Car il disait à l’époque qu’un éventuel accord ne pouvait pas se décider « entre deux tours d’une présidentielle », et qu’il ne pouvait découler que d’un long travail sur le fond. Or, ce travail n’a pas eu lieu, et n’aura pas lieu. Et il prend acte que c’est sur la base d’un ralliement au second tour qu’une alliance peut se conclure. Hollande a toutefois un avantage sur Ségolène Royal en 2007 : Bayrou a promis que, cette fois, il trancherait. Et s’il optait pour Sarkozy ?
Enfin, en 1988, François Mitterrand avait fait entrer des ministres centristes au gouvernement. Alors, 2012, remake de l'ouverture mitterrandienne?
Avant de scalper les partenaires de l’ex-gauche plurielle, François Hollande ferait mieux de s’assurer de la crédibilité de la « gauche centrale » qu’il espèrerait étendre à François Bayrou. Bien avant, il serait peut-être intéressant de se remémorer le film que nous avait joué ce dernier avec son « amie » de circonstance, Ségolène, en 2007 pour savoir où nous posons nos « billes »….