"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
Irresponsabilité financière :
Choquant et indécent. Les 140 milliards de dollars de bonus que s'apprêtent à verser en 2009 la communauté financière américaine, selon les calculs du « Wall Street Journal », sont moralement inacceptables. Quelques mois après avoir échappé à l'effondrement général par le seul apport des centaines de milliards de dollars injectés par la puissance publique, les financiers de Wall Street renouent sans état d'âme avec leurs bonnes vieilles habitudes. Ils font même mieux, si l'on ose dire, puisqu'ils seront moins nombreux à se partager un gâteau qui n'aura jamais été aussi gros. A 140 milliards de dollars, l'enveloppe des bonus promet d'être plus grosse que celle versée en 2007, l'année de tous les excès !
Le message est clair. Wall Street a refermé la parenthèse de la crise qu'elle a puissamment contribué à diffuser à travers le monde. Il s'agit là d'un véritable pied de nez à tous ceux qui militent pour une moralisation de la finance. Comment croire que le « casino banking » est mort, quand un an à peine après la faillite de Lehman Brothers, les traders vont de nouveau tenir le haut du pavé. Et dans ce domaine hautement symbolique, l'administration n'est pas exempte de tout reproche. On savait depuis longtemps que les seigneurs de Wall Street n'avaient pas l'intérêt général chevillé au corps. Mais le G20 de Pittsburgh n'a pas fait grand-chose pour les ramener à la raison. En écartant l'idée d'un plafonnement des bonus hors cas exceptionnel, les dirigeants présents, à commencer par les Américains, ont ouvert la voie à de nouveaux excès. La conjoncture a fait le reste. L'année 2009 restera en effet un millésime exceptionnel dans presque tous les compartiments de la banque de marché. Avec une locomotive, les marchés primaires. Privées de financement pendant plus de six mois pour cause de tempête financière, banques et entreprises ont multiplié les émissions d'actions et d'obligations depuis février dernier. Une véritable manne pour les intermédiaires survivants.
Alors faut-il se résigner à voir les traders flamber à nouveau ? A court terme sans doute, même si le versement des bonus 2009 sera étalé dans le temps et leur part de cash réduite. Le niveau des primes versées à la City sera à cet égard déterminant. A plus long terme, c'est moins sûr. Le prochain relèvement des exigences de fonds propres imposées aux banques de marché les obligera à revoir sensiblement à la baisse la rémunération de leurs équipes. Et 2009 n'aura alors été qu'un bouquet final. Un bouquet un peu cher à tout point de vue.
Injustice :
Le monde est vraiment injuste. Vu du point de vue des industriels, le retour des méga-profits et des giga-bonus bancaires est terriblement dégoûtant. Après leur sauvetage grâce aux fonds publics, les banques, remises sur pied, profitent des taux très bas des banques centrales pour reconstituer leurs marges en augmentant le coût du crédit. Les pyromanes auraient dû être punis, ils sont récompensés.
La réalité est bien sûr plus complexe. L'automobile a, elle aussi, été secourue. La baisse de la taxe professionnelle aidera tous les industriels. Et le Fonds stratégique d'investissement, hier, comme les états généraux de l'industrie, demain, prouvent que le secteur secondaire n'est pas ignoré par la puissance publique.
Il n'en reste pas moins vrai que l'Etat semble loin de considérer que notre industrie soit aussi menacée que l'étaient les banques au début de la crise. Il y a pourtant urgence. Dans les nouvelles puissances industrielles, la production repart. En Europe, elle a pour l'instant simplement arrêté de chuter et les investissements restent gelés. Le risque est grand qu'en sortie de crise le tissu industriel ait tellement souffert que le redémarrage des commandes profite surtout à des usines délocalisées. Tout autant qu'au niveau de la France, c'est à celui de l'Union européenne qu'il serait temps d'adopter une véritable politique industrielle. Une politique favorisant l'innovation et l'écologie, mais luttant également contre le dumping monétaire (l’euro devient trop fort…), les aides publiques déguisées ou les producteurs pollueurs. Vaste chantier…