"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
La forte abstention aux élections européennes dimanche, qui a atteint 59,54 %, un record pour ce scrutin, a confirmé une tendance historique lourde selon laquelle cette élection est la plus boudée par les Français avec les référendums.
Le désintérêt persistant des Français pour ces élections n'est pas vraiment étonnant. Les enjeux politiques n'ont pas été suffisamment mis en avant, beaucoup d'électeurs ne percevant pas le lien entre leur vote et la politique européenne.
Paradoxalement, des questions soulevées pendant la campagne, comme l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, ne sont pas véritablement du ressort du Parlement. Aucun parti ne lui reprochant cette esbroufe, l’UMP en a habilement fait son miel.
Un commencement tardif de la campagne, une absence totale de structuration des débats politiques et l’apparente déconnection entre crise sociale et élections européennes ont alors motivé le recours à l’abstention.
Toutefois, les sujets européens ne repoussent pas forcément l'électeur. Preuve en est le référendum sur la Constitution européenne en 2005 où l'abstention avait été de 30,63%. Il y avait eu alors une véritable offre politique, avec un débat organisé par les « nonistes », obligeant les tenants du oui à leur répondre.
Cependant, si les partis n'ont pas montré de clivage net sur l'Europe, il semble aisé d’affirmer que ces résultats montrent que le parti socialiste n’est plus captif voire captivant du tout. Le réflexe partisan socialiste disparaît peu à peu pour se dissoudre soit dans l’abstention soit dans l’extrémisme, ou soit, heureusement cette fois-ci, dans un vote écologiste de confort ou de déculpabilisation.
Au regard des résultats d’hier, le PS pèse moins de 17%, 16,8% pour être exact. Ce score est tout simplement catastrophique, c’est un séisme de magnitude 20.
Ce qui est affligeant, c’est qu’après chaque échec (un mot qui semble revenir malheureusement dans le quotidien des socialistes), les termes ou expressions « rénovation », « refondation », « à gauche toute », « rassemblement », sont jetés mécaniquement à la figure des militants pour les rassurer. A force, cela devient rageant.
Quelle rénovation peut mener un parti englué dans des conflits d’égo où chacun cherche à garder sa place ou à prendre celle de l’autre?
Depuis le congrès de Reims, d’une part, les socialistes ont passé plus de temps à se parler à eux-mêmes (rappelez-vous des bisbilles puériles entre ségolénistes et Solferino) que de préparer sereinement et efficacement ces élections. D’autre part, on voit bien que le rapprochement évoqué (du bout des lèvres) par Hollande mais explicitement par Rebsamen, un pro-Royal, avec le Modem a brouillé davantage la position du parti socialiste et lui a probablement coûté bien des voix. En tous cas, le score du Modem reste la démonstration que certains dirigeants socialistes, malgré leur expérience, ont péché par précipitation tactique et par irresponsabilité.
Le rôle d'opposition du parti socialiste est même devenu, un moment, synonyme de silence. Sa frilosité à prendre la parole, ses querelles de clochés, les divisions en son sein même, les coalitions de certains de ses membres avec l'UMP, l'ont terriblement affaibli ces dernières années.
Ceci étant, le PS ne peut pas, ne doit pas, être "un peu au centre". Incontestablement de gauche, il doit être une organisation centrale de notre environnement politique.
Le leadership de Martine Aubry n'est peut-être pas encore très perceptible dans l’opinion, mais il ne suffit pas de crier « à gauche toute » pour sortir le PS de la spirale de l’échec. A contrario, il serait également mal venu de penser que Ségolène Royal aurait fait mieux, comme certains l’ont imaginé un peu vite. L’anti-sarkozysme, un slogan certes éphémère de campagne, ne peut pas servir de projet politique. D’ailleurs François Bayrou en pleure aujourd’hui.
A travers les résultats d’hier, les français ont adressé un véritable avertissement au parti socialiste. En clair, nul avenir pour le PS s'il n'y a pas une véritable et sincère rénovation (finissons-en avec les discours creux et allons aux actes !), s'il n'y a pas une unité des forces et des talents , s'il n'y a pas la capacité d’élaborer dans un avenir proche, un projet de société réaliste et articulé autour de solides valeurs de gauche y compris écologiques ! Le PS n’est-il pas un parti résolument écologique depuis notre déclaration de principes ?
Enfin, pour les élections régionales de 2010, il serait illusoire, si le PS ne redevient pas attractif, de compter sur une certaine compréhension des verts pour jouer le rôle du parti « frère ». Leur volonté d’autonomie voire leur envie inébranlable de s’arracher à la tutelle du PS est certainement due à leur large succès d’aujourd’hui. Mais laisser prospérer un parti frère à son propre détriment signifie qu’on est entrain de faire le lit de sa propre déchéance. Bienheureux, celui qui me certifiera, au regard des résultats des européennes en Ile-de-France, que Jean-Paul Huchon n’aurait pas maille à faire avec les Verts en 2010. Pis, il pourrait même se retrouver à voter pour son successeur.
Pour finir, notons que le succès revendiqué par l'UMP au soir des résultats est un joli coup de communication qui fait accepter l'idée qu'arriver en tête avec un peu plus de 28% est un succès. Il serait vain, de leur part, de tirer de ce scrutin européen à un tour des plans sur la comète pour les scrutins à venir, surtout quand on voit le résultat de toute la gauche.