Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.

Publicité

LE DEVELOPPEMENT DURABLE ET LA MONDIALISATION ECONOMIQUE : UN PARADOXE GENOCIDAIRE ?

Mettez bout à bout tout ce que vous entendez, dans les médias, au sujet de la crise, et vous êtes sûrs de parvenir à un discours suffisamment étrange pour être interpelant. Il a quelque chose de contradictoire qu’il frise pathétiquement la schizophrénie.


D’un côté, nous savons tous que notre planète court un grand danger ; en clair elle court à sa perte. Les menaces qui pèsent sur elle nous obligent donc à dénoncer  vigoureusement les atteintes, les pillages, les gaspillages, les meurtrissures et  les blessures perpétrés contre la Terre. Il faudra, illico, nous rappelle-t-on sans cesse, réapprendre à nous restreindre, à nous débarrasser du superflu non nécessaire, bref à nous autolimiter. Plus question de dilapider les énergies fossiles, de détruire les grandes forêts, de dévaster les océans. L’impérieuse conscience écologique nous enjoint d’être économes, parcimonieux. On nous assure que, de toute façon, nos sociétés ne pourront plus vivre dans cette débauche d’énergie, de lumières brûlées dans la nuit, de déchets répandus partout et d’atmosphère polluée. Nous devons, bon gré mal gré, nous remettre à compter, à isoler nos maisons, à éteindre la lumière, à limiter nos vagabondages en voiture, etc. Evidemment, les peuples nantis vont regimber et se feront tirer l’oreille. Ces changements culturels ne se feront pas aussi facilement. Mais qu’une ou deux catastrophes naturelles surviennent (canicule, ouragan, inondation…), alors il serait plus facile pour les peuples de consentir plus docilement à ces restrictions. Histoire de survivre.


Le problème, pour tenir compte des impératifs économiques inhérents à la mondialisation, c’est que, quotidiennement, la rumeur du temps nous assène un discours complètement paradoxal. Nos modèles économiques sont fondés sur la consommation inaltérable et le gaspillage « civique ». En tous cas, pour ceux qui en ont les moyens. Le discours néolibéral, encore en vogue, nous répète inlassablement qu’il est vertueux de consommer puisque la croissance en dépend.


Changer de voiture, changer d’ordinateur, changer de portable, changer de vêtements, changer tout : plusieurs fois par jour le bonheur des êtres humains est grandement associé au consumérisme. Le discours dominant nous enjoint de courir les magasins. Il était, un temps prévu, via un amendement parlementaire controversé, de même les ouvrir le dimanche afin que la volonté d’achat ne soit pas altérée un seul instant.


Pire, on nous rabâche sans cesse le prétendu « moral des français », lequel se mesure, pour l’essentiel, à « l’envie d’acheter ». Pour les économistes qui squattent les plateaux télé, l’évolution de ce « moral », la disposition à l’achat exprimerait une sorte de bonheur d’être. Une question à ces « talentueux » économistes : Et si c’était le contraire ?


La publicité nous sature les oreilles avec les séductions de tel ou tel produit. Rien ne serait donc plus dangereux pour le système qu’une perte d’appétit des consommateurs, un désir soudain de calme et de frugalité. Ce serait catastrophique pour la croissance. Alors, il s’agit d’entretenir les frustrations et les envies de gaspillages. Ou d’en faire créer de nouvelles. C’est ainsi que, jour après jour, nous vivons. C’est ainsi que nos sociétés tiennent plus ou moins debout. En allant droit devant elles, sans savoir vers où ou vers quoi.


Sortant de soixante ans de paix et de croissance économique, nous ne réalisons pas à quel point notre système socio-économique est menacé par l’inaction. Sans dessein et sans un minimum de volontarisme partagé, nos institutions ne résisteront pas aux menaces climatiques à venir. A titre illustratif, les experts pétroliers affirment aujourd’hui que l’offre a atteint un maximum  et les compagnies pétrolières sont les seules à savoir combien le sous-sol renferme de pétrole : Shell considère que le scénario « continuer sans rien changer » conduit à une situation ingérable avant 2020. Le patron d’Exxon se dit favorable à la taxe carbone. Le pic de production a d’ailleurs déjà été atteint et dépassé par un certain nombre de pays (USA, Venezuela, Indonésie, Russie, Mexique,…) et en mer du Nord. L’Arabie Saoudite, tout premier producteur mondial, vit peut-être le sien actuellement. Quant aux découvertes au large du Brésil, en Alaska ou ailleurs, elles sont dérisoires au regard de ce que nous consommons chaque jour. Il est donc impératif de définir très vite une stratégie claire visant à mettre en place un changement d’habitude de consommation.


 
Enfin, André Gorz avait vu juste quand il disait qu’entre les impératifs écologiques de base et l’hystérie consumériste, il existe une incompatibilité absolue. Les deux projets sont contradictoires ; Ils relèvent de la « double contrainte ». Pour le moment, on fait mine de ne pas le voir. On fait semblant de croire que nous pourrons être à la fois économes et gaspilleurs. Schizophrénie, attitude génocidaire, en effet.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Bravo!!!
Répondre