"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
La pression diplomatique (certes prudente) que subit Moscou pour condamner son intervention en Géorgie, histoire d’éviter la guerre froide avec un pays qui fournit à l'Europe un quart de son gaz et de son pétrole, ne doit pas occulter l’urgence que requiert la situation au Proche-Orient.
Même si l’heure semble être à l’apaisement, l’Etat d’Israël et l’Iran se préparent au pire. Plus que jamais, les israéliens sont déterminés à empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire.
Il y a quelques mois, les risques d’une attaque américaine ou israélo-américaine, contre les installations nucléaires iraniennes étaient considérés comme réels. Depuis, l’opposition massive de l’opinion, la proximité de l’élection présidentielle américaine, les difficultés en Irak et en Afghanistan ont eu raison de l’administration Bush. Aujourd’hui, la question est de savoir si cette administration a les moyens de s’opposer ou non à ce que le job soit fait par les seuls israéliens. En tous cas, en l’état actuel des choses, il ne serait pas imprudent de dire qu’après l’Irak et l’Afghanistan, les américains sont incapables de faire face à un troisième front qui leur sera hostile. Il suffit, d’ailleurs, de voir comment ils sous-traitent à l’Europe la grosse partie du conflit Russie-Géorgie pour s’apercevoir de leur impuissance à s’immiscer véhément dans une autre crise !
Ehoud Barak, le ministre israélien de la défense, est favorable à un lancement de raids aériens sur l’Iran ; Shaul Mofaz, le vice-premier Ministre, le juge « inévitable ». Et l’opinion israélienne n’y est pas hostile, malgré les dégâts d’une éventuelle riposte. Aussi l’Etat-major de Tsahal, en dépit des difficultés de la tâche, milite pour « une guerre de vingt jours », car estime-t-il, « quand les Iraniens auront installé les batteries de Sam 20 qu’ils viennent d’acheter en Russie et quand le réacteur de la centrale de Bushehr (en Iran) sera approvisionné en combustible nucléaire, c’est-à-dire début 2009, nous ne pourrons plus rien faire. Les risques seront trop grands. C’est maintenant qu’il faut agir. »
Il est clair qu’une éventuelle guerre Israël-Iran aurait des conséquences énormes. S’ils sont attaqués, d’une part, les iraniens se vengeraient sur les installations pétrolières des Etats du Golfe, amis de Washington, s’en prendraient aux navires dans le détroit d’Ormuz ; le prix du brut pouvant alors atteindre des niveaux difficilement supportables pour l’économie mondiale…Triste perspective pour la croissance !! D’autre part, les iraniens seraient tentés à la fois d’exacerber la violence des milices chiites en Irak et de nouer une alliance avec les talibans afghans - avec qui pourtant ils n’ont ni aucune affinité ni aucune proximité idéologique- afin d’infliger des pertes gravissimes à la coalition et au gouvernement Karzaï. De même, le Hezbollah libanais, dont les liens avec Téhéran sont extrêmement fraternels et qui dispose de milliers de lanceurs de roquettes capables de frapper le nord d’Israël, entrerait certainement en action. Le terrorisme profiterait pour se développer dans tous les coins de la planète… Triste perspective pour la sous-région et aussi pour l’humanité !
Cependant, à mon humble avis, il semble que pour convaincre Téhéran de suspendre son programme d’enrichissement nucléaire, il faille lui proposer des aides concrètes liées à sa respectabilité dans la sous-région.
Les ambitions nucléaires de l’Iran, ne sauraient, par exemple, être dissociées de la présence militaire américaine à ses frontières, ni de la gravité du conflit israélo-palestinien, ni de ses relations parfois tendues avec les Etats sunnites du Golfe, en l’occurrence l’Arabie Saoudite. Un accord global prenant en compte ces tensions et conflits aurait certainement plus de chances d’aboutir que toutes les tentatives faites jusqu’ici.
Il est clair que si l’Iran acquérait l’arme atomique, au mépris des règles de non-prolifération, il deviendrait un rival gênant voire dangereux pour Israël et les Etats-Unis. Leur marge de manœuvre dans la sous-région serait foncièrement réduite et leur hégémonie contestée.
La question fondamentale est dont la suivante : Quel prix diplomatique les Etats-Unis et Israël sont-ils prêts à payer pour convaincre l’Iran de renoncer à ses ambitions nucléaires ? Les Etats-Unis peuvent-ils, par exemple, fournir un calendrier précis de leur retrait d’Irak ? Peuvent-ils revenir, dans le Golfe, à une présence militaire moins visible et qualifiée de provocatrice par les Iraniens ? Israël, de son côté, comme le réclame souvent la communauté internationale, peut-il se résoudre à la création d’un Etat palestinien indépendant et viable en Cisjordanie et à Gaza, avec Jérusalem-Est comme capitale ?
Cependant, cette idée d’un Etat palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale serait difficilement réalisable. Limite, elle serait illusoire. Depuis des années, on parle de négociations. Oui, on négocie, pendant des heures, sur des détails, on produit des mémorandums, des rapports, des résolutions, mais sur le fond, rien n’a jamais bougé. Le fond, c’est Jérusalem. Tout pourrait se régler, même la question des prisonniers palestiniens et celle du droit au retour. Mais jamais, les israéliens n’accepteront de partager Jérusalem. Et jamais les palestiniens ne signeront un accord sans Jérusalem. La seule solution, immédiate, et humainement opportune, serait (et je l’appelle de tous mes vœux) de revenir à un seul Etat pour tous, binational, sous la forme cantonale ou fédérale, à l’image de la Suisse. La présidence de l’Etat pour un non-palestinien, et celle de l’Assemblée nationale pour un non-israélien. On peut s’inspirer de la répartition du pouvoir à la libanaise, mais en prenant soin de réduire les risques confessionnels inutiles. De toute façon, israéliens et palestiniens sont destinés soit à cohabiter soit à vivre ensemble !
La solution à la guerre est souvent près de nous ! Encore faut-il que les belliqueux qui peuplent cette planète y soient sensibles.