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"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.

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LA BATAILLE A GAUCHE N'AURA PAS LIEU …

Le parti socialiste, comme l'ensemble de la gauche (et aussi comme une partie de la droite) est confronté à une crise idéologique, dont Jean-Christophe Cambadélis ne cache d'ailleurs plus l'ampleur.

 

Cette crise vient de loin. Elle prend notamment sa source dans les années 1980, lorsque le PS renonce à l'idée d'une direction socialiste de l'économie. Les choix opérés en 1983 continuent encore de peser sur le destin du PS.

 

Comparé au reste de la social-démocratie européenne, le PS est en peine, depuis trente ans, de répondre à la question de sa raison d'être. Qu'est-ce qu'être socialiste aujourd'hui? Peut-on aujourd'hui être un grand parti de gouvernement, diriger la cinquième puissance économique du monde et continuer en même temps à propager une idéologie anti-libérale et anti-mondialisation, une idéologie qui tend à considérer les chefs d'entreprise plutôt comme des adversaires que comme des partenaires ?

 

Depuis 1981, les socialistes ont su constituer un grand parti de gouvernement sans jamais procéder à la révision idéologique qui aurait permis éventuellement de donner une base politique et idéologique partisane aux politiques menées et aux tournants opérés.

 

Pourtant cela fut fait dans la plupart des social-démocraties européennes ; cela leur a permis, naturellement, à travers des crises et des débats vifs de conserver et de renforcer leur statut de partis de gouvernement. Tétanisé par la peur de prendre le risque de diviser un parti historiquement fragile, le socialisme français a fait « coexister, en les tenant séparés, une action gouvernementale plutôt réformiste et un patrimoine idéologique datant d'une autre époque dans une espèce de cohabitation plus ou moins pacifique ».

 

Comment peut-on accepter que, dans la grave situation du pays, les socialistes eux-mêmes, y compris certains ministres aient refusé de soutenir l'action de leur propre gouvernement ? Comment les français pourraient-ils faire confiance dans ces conditions à ce parti pour gouverner ? Comment les Français ne douteraient-ils pas de la pertinence d'une politique qui, outre le fait qu'elle ne peut donner rapidement des résultats palpables, compte tenu de l'état sinistré de notre économie, est critiquée par le parti même qui est censé l'incarner ou au moins la soutenir ?

 

On pouvait espérer que cette confrontation à l'intérieur du PS aurait permis d'éclairer les différences entre deux lignes politiques opposées, et donc le choix à effectuer. Que nenni ! Il n'en est rien. Les opposants au gouvernement condamnent une politique d'austérité qui en réalité n'existe pas. Il suffit d'examiner ce qu'ont été ou sont encore les vraies politiques d'austérité dans d'autres pays européens pour constater aisément qu'on en est loin en France. Le gouvernement est accusé de faire baisser les déficits alors qu'ils ne baissent pas, d'affaiblir l’État alors qu'il compte embaucher 60.000 enseignants, de baisser les dépenses publiques alors qu'elles restent stables dans l'ensemble. Bref de dénoncer et condamner des politiques « libérales » qui en réalité le sont à peine.

 

En clair, ça n'est pas un débat économique qui a lieu à propos des politiques de l'offre et de la demande, mais un débat idéologique lancé par l'opposition interne et qui se focalise sur le fameux pacte de responsabilité, signal pourtant nécessaire donné par le gouvernement aux chefs d'entreprise dans une économie atone et au bord de la récession, mais qui, pour l'opposition interne, devient un cadeau au patronat. Dès lors, ce débat est passionné, mais, du fait de la charge idéologique que l'opposition interne lui donne, il peut mobiliser contre la politique du gouvernement. Comme ce dernier ne peut céder, pour de multiples raisons, l'affrontement est inévitable.

 

Ainsi, la mort du PS, sujet récurrent, revient à l'ordre du jour. La menace de la scission a toujours plané sur la «vieille maison». En 1933, la SFIO subit la dissidence de son aile néosocialiste. En 1958, les socialistes opposés à la guerre d'Algérie créèrent le PSA (qui devint le PSU). En 1993, les amis de Jean-Pierre Chevènement claquèrent la porte pour créer le Mouvement des citoyens (MDC). Plus récemment encore, c'est Jean-Luc Mélenchon qui partit fonder le Parti de gauche (PG).

 

Sans préjuger de l'avenir, on peut émettre deux objections à ce risque de scission. D'une part, il est toujours difficile de créer un parti socialiste idéal à côté du Parti socialiste réel. D'autre part, «on ne casse pas une éponge en deux», a coutume de dire l'un des fondateurs du PS d'Épinay, Didier Motchane, soulignant la capacité surprenante de la vieille maison socialiste à surmonter ses propres contradictions. Ces contradictions ont, par le passé, été surmontées électoralement et l'ont également été en interne par la méthode dite de la synthèse. Le seront-elles cette fois?

 

La vraie question qui est donc posée au Parti socialiste aujourd'hui est celle de sa vocation gouvernementale. Ce type de vocation se construit très lentement mais peut être très vite perdu. A gauche, le Parti communiste et les Verts y ont renoncé. Le Parti de gauche apparaît presque inexistant. Le Parti socialiste est donc seul à gauche à l'heure du choix. Parti de gouvernement ou parti protestataire ? Un choix qui aujourd'hui paraît bien incertain mais dont l'avenir d'une gauche de gouvernement dépend.

 

Enfin, c'est désormais la refondation idéologique, la définition de sa base électorale potentielle et de sa stratégie d'alliance qui doit rester l'urgente préoccupation du PS, de son aile gauche, de ses «frondeurs» et de ses plus authentiques sociaux-démocrates. Qu'est-ce qu'être socialiste aujourd'hui? Oui, encore cette question.

 

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