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"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.

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LE NIVEAU D'EDUCATION D'UNE FAMILLE DOIT-IL JUSTIFIER L'ECHEC SCOLAIRE ?

Lorsque la position sociale des enfants est intrinsèquement liée à celle des parents, la place des individus dans la société est prédéterminée et dépend du niveau d'éducation, de revenu et de richesse de la famille dont ils sont issus. Dans une société figée socialement, les enfants des classes populaires ne peuvent accéder aux classes moyennes et les enfants des classes moyennes aux niveaux supérieurs. En clair, les positions sociales sont gelées.

L'avancement (ou l’élévation) social est plutôt faible en France. La question centrale est alors de savoir si le niveau d'avancement social tend à progresser, donnant plus de chance aux enfants issus des classes populaires et moyennes ; ou si, à l'inverse, c'est le déterminisme social et familial qui augmente. Le travail publié dans l'Economics of Education Review montre clairement que, de 1993 à 2003, la mobilité sociale a réezllent régressé en France.

Les auteurs distinguent deux canaux par lesquels les parents influencent l'éducation des enfants. Le premier, les transferts intrafamiliaux, recouvre les transmissions de connaissances, de culture, de comportements et de réseaux qui s'opèrent au sein de la famille. Le second est lié au revenu des parents, les familles à haut revenu dépensant plus pour l'éducation de leurs enfants. Les deux canaux participent à la baisse de la mobilité sociale. D'une part les transferts intrafamiliaux ont une influence grandissante sur le niveau éducatif des enfants. D'autre part, l'impact sur la réussite scolaire des différences de revenu entre familles s'est accru. Ces résultats renforcent ceux de l'enquête PISA 2012, qui témoigne d'un creusement des inégalités scolaires en France.

Pourquoi une telle situation ? Plusieurs séries d'explication peuvent être trouvées. D'une part, l'importance accrue du revenu des parents sur la réussite scolaire montre l'incapacité grandissante de l'école républicaine à assurer l'égalité des chances. Selon une note du Centre d'Analyse Stratégique publiée en janvier 2013, les familles font souvent appel au soutien scolaire privé et onéreux pour l'éducation de leurs enfants. De plus, les familles qui privilégient l'éducation inscrivent très souvent leurs enfants dans des établissements privés payants. Ces deux inclinations accentuent la discrimination par le revenu.

D'autre part, l'impact sur le niveau éducatif des transferts intrafamiliaux de connaissances, de culture, d'informations et de réseaux a également progressé. Ce résultat pourrait s'expliquer par le caractère spécialement élitiste du modèle éducatif français.

En augmentant l'écart éducatif entre une élite restreinte et une classe moyenne poursuivant des études standard, et en reproduisant des réseaux très fermés où les élites s'auto-recrutent, le système éducatif français freine l'avancement social.Pis, il deviendrait peu républicain.

La solution à ces problèmes est connue de longue date. Lorsque de fortes disparités éducatives et culturelles existent dans une population et lorsque le système éducatif est sélectif, la dépense publique d'éducation ne doit pas être la même pour tous. L'école doit au contraire réduire les inégalités liées aux différences familiales avant de sélectionner. Autrement, seuls les enfants issus des milieux cultivés et favorisés passent la barrière de la sélection. A cet égard, l'OCDE recommande à la France de consacrer0,13% du PIB par an à l'éducation prioritaire, soit plus du double de l'effort actuellement consenti. Un autre moyen consiste à favoriser la scolarisation des enfants dès l'âge de deux ansOr, selon l'Observatoire de la petite enfance, cette scolarisation est passée de 35% à 11,6% entre le début des années 2000 et 2011. Enfin, l’État doit consacrer davantage de moyens à l'école primaire. Là encore, la France fait office de mauvais élève avec une dépense annuelle de 30% inférieure à la moyenne de l'OCDE.

Dans un pays où le taux d'accès à l'enseignement supérieur d'une génération diffère très sensiblement selon l'origine sociale et où le diplôme initial a un impact essentiel sur la carrière professionnelle, il est vivement recommandé de rectifier le tir. Un effort d'éducation primaire ciblé vers les plus modestes permettrait de maintenir la cohésion sociale. Il en va également du bon fonctionnement de la République, dont l'égalité des chances est l'un des piliers fondamentaux.

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