"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
Lors de sa dernière conférence de presse, François Hollande avait dit ceci : « Qu'on ne nous demande pas d'améliorer notre compétitivité en cinq ans quand il en a fallu dix à l'Allemagne dans un contexte plus favorable ». Doit-on croire en cette assertion ?
Arrivé au pouvoir en septembre 1998, le chancelier Schröder avait hésité pendant trois ans devant le coût politique des réformes. Il a fallu attendre février 2002 pour que la la Commission sur la modernisation du marché du travail, présidée par Peter Hartz, soit réellement opérationnelle. Celle-ci avait d'ailleurs rendu son rapport un mois avant le scrutin de septembre 2002, remporté par Gerhard Schröder d'une courte tête (Hollande, Schröder, même destin?).
Les quatre lois Hartz ont été promulguées en janvier 2003 et janvier 2004. Certaines réformes ont même été mises en œuvre très tardivement. C'était le cas en 2007 avec la réforme des retraites et la baisse de l'impôt sur les sociétés de 25 % à 15% financée par la hausse du taux de TVA de 16 à 19 %.
Grosso modo, en Allemagne, la période de réformes a donc été un peu longue. Entre l'arrivée au pouvoir du SPD et des Verts et les dernières réformes du système de santé en 2011, 13 années se sont écoulées !Mais l'essentiel des mesures d'amélioration de la compétitivité a été pris sur une période comprise entre 2004 et 2008, soit quatre ans.
Les réformes Hartz sont parfois montées en épingle pour pointer la France du doigt. Il est opportun de souligner que celles-ci n'ont pas été aussi radicales que ça. Les chômeurs ont certes été indemnisés moins longtemps (un an au lieu de trois), mais ceux qui sont sortis du régime d'indemnisation du chômage ont obtenu des prestations nouvelles, proches de notre RSA. Les communes ont notamment pris à leur charge le paiement du loyer et des factures de chauffage de ces personnes. Autre point important, c'est que la possibilité pour l'employeur de licencier son salarié sans cause n'a jamais été autorisée. Tout salarié allemand bénéficie d'une protection contre le licenciement (Kundigungsschutz). On est à des années-lumière des réformes grecques ou espagnoles !
La clé du miracle allemand de l'emploi, c'est surtout la modération salariale . A la demande du SPD, les syndicats se sont montrés très coopératifs avec les entreprises à partir de 2003, année de récession en Allemagne. C'est d'ailleurs à ce moment que l'on a vu le coût du travail commencer à freiner outre-Rhin.
Là où Hollande a raison, c'est que l'amélioration de la compétitivité allemande s'est effectuée dans un contexte favorable. Contexte macroéconomique d'abord car les années 2004-2008 correspondent à une période de forte croissance du commerce mondial ; les pays émergents en quête de biens d'équipements se retournés vers l'Allemagne. Contexte européen ensuite, car il a été très favorable à l'Allemagne. D'abord, le non respect du pacte de stabilité négocié en 2003 entre Gerhard Schröder et Jacques Chirac a permis au gouvernement allemand d'attendre le retour de la croissance pour relever la TVA et baisser les impôts sur les sociétés. Par ailleurs, la politique monétaire de la BCE alors dirigée par Jean-Claude Trichet a été très favorable à l'Allemagne et a soutenu l'investissement, tout en encourageant les pays du sud à se concentrer sur leur demande intérieure et donc... à réduire leur compétitivité. Et sans pouvoir dévaluer. Les industriels allemands ont donc profité durant cette période d'un élan interne, d'un soutien de la croissance internationale et de la disparition de leurs concurrents. C'est l'ensemble de tous ces éléments qui a permis à l'Allemagne de voir sa croissance s'accélérer en 2006 et 2007, puis de 2010 à 2011. D'ailleurs, on remarque qu'en 2009 et 2012-2013, lorsque la demande externe était en berne, la croissance allemande n'était guère reluisante.
Enfin la phrase de François Hollande est un peu vraie. La compétitivité allemande s'est améliorée pendant plus d'une décennie, même si les mesures qui l'on favorisée ont été prises sur une période plus courte. Aujourd'hui ce qui doit relever d'une évidence, c'est que le contexte dans lequel l'Allemagne a mené ses réformes n'est pas du tout comparable à celui de la France de 2014. Ceci devrait, d'ailleurs, faire réfléchir les dirigeants européens sur la pertinence d'appliquer indistinctement à tous les pays européens le modèle allemand de réformes. La Commission doit en tenir compte avant de juger le programme de stabilité de la France.