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"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.

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DRÔLE DE SARKO…

Drôle de Sarko, en effet. Il y a trois mois, l'on s'impatientait joyeusement de voir les principaux protagonistes s'engager dans la joute présidentielle. Depuis quelques semaines, c'est chose faite : Nicolas SarkozyFrançois Hollande et les autres candidats arpentent les provinces, haranguent leurs partisans et occupent les ondes et les écrans.

Cela, pourtant, n'a rien changé à l'espèce de frustration qui domine l'état d'esprit de nos concitoyens. Comme si cette campagne  feignait d’ignorer l'essentiel. Comme si Sarko s’ingéniait à jouer à l’illusionniste : Le Sarko de 2007 serait, semble-t-il, différent de celui de 2012 !

Evidemment, Sarko s'agace. On le comprend. Depuis qu'il a enfilé sa tenue de combat électoral rien ne s'est passé comme prévu. Son entrée en campagne devait tout bousculer. Il allait, assuraient ses partisans, renverser les tables et les pronostics, asphyxier ses adversaires sous une pluie de propositions audacieuses, s'imposer comme le champion de la réforme contre l'immobilisme, déclencher une dynamique qui lui permettrait de remobiliser son camp et de prendre l'ascendant en vue du premier tour.

Quatre semaines plus tard, il n'en est rien. La polémique sur les sondages a fait long feu. Non seulement les courbes d'intention de vote entre Sarko et Hollande ne se sont pas croisées comme voulait le croire – ou le faire croire – l'équipe du président-candidat. Mais l'écart entre les deux hommes semble, à ce jour, incompressible : le candidat socialiste ne décroche guère de la zone des 30 %, le chef de l'Etat plafonne aux alentours de 25 %. Pis, après une courte embellie, le soutien à M. Sarkozy se tasse de nouveau. Quant à ses perspectives de second tour, elles sont toujours aussi calamiteuses.

Ainsi, Sarko piétine quand il pensait cavalcader. Quoi qu'il fasse – vigoureuse offensive sur sa droite, attaques à boulets rouges contre Hollande –, il paraît agressif, donc inefficace, tant il fait resurgir le personnage excessif et brouillon dont les Français se sont détournés depuis 2008. Quoi qu'il dise, il est renvoyé à son bilan. Quand, enfin, il fait des propositions cafouilleuses sur l'éducation et les enseignants, elles n'impriment pas dans l'esprit public, comme s'il était inaudible.

Dans l’émission de France 2, mardi soir, où Sarko était sensé donner une autre dimension à sa campagne, rien ne se passa : Les français ont semblé absents des préoccupations de Sarko tant celui-ci parlait de lui-même et tournait tout autour de sa personne. Même le raout de Villepinte passerait dans les annales comme le show le moins inspirant ou inspiré de la campagne.

En tous cas, si Sarko espère renverser la vapeur en parlant des accords de Schengen, en tirant à vue sur les immigrés et les chômeurs comme il l’a encore fait, aujourd’hui à Villepinte, les français, loin d’être naïfs, sauront lui répondre au moment opportun.

De son côté, François Hollande s'emploie ostensiblement à résister à l'agacement, qui n'est ni dans sa nature ni dans son intérêt. Mais sauf à sembler craintif, il ne peut s'interdire de répliquer. Et quand il lâche ses coups, ce faux mou souriant fait mal. Chaque jour, le réquisitoire contre le président sortant est plus cinglant, comme à Dijon, où il a dénoncé le règne, depuis cinq ans, de « l'omniprésidence », de cette « omnipotence qui conduit à l'impuissance, qui elle-même engendre l'irresponsabilité ».

Quant à ses contre-attaques, elles sont aussi soudaines que redoutables. Sa proposition de taxer à hauteur de 75 % les revenus supérieurs à 1 million d'euros par an a laissé sans voix, pendant trois jours, toutes les « cellules riposte » du candidat Sarko ; tant elle rencontre le sentiment du peuple - ce peuple dont Sarko se veut le héraut -, pour lequel cette mesure relève de la plus élémentaire justice fiscale. Demain, s'il est élu, cette mesure risque de lui coller aux basques comme le bouclier fiscal a collé aux basques de M. Sarkozy pendant son quinquennat.

François Hollande a quelque chose de désespérant, pour ses adversaires : rien, jusqu'à présent, ne semble l'atteindre ni l'affaiblir.

Enfin, les Français, eux aussi, s'agacent. Ils n'ont pas tort. L'empoignade actuelle - et tout autant des controverses baroques et dérisoires comme celle sur la viande halal, amorcée par la candidate du Front national et relancée par M. Sarkozy - éclipse les questions qui devraient être au centre du débat : comment répondre à la crise économique et sociale qui mine le pays, comment désendetter la France et retrouver la croissance, avec quelle vision de l'avenir ?

Certes, la réponse à ces questions ne peut être trouvée qu’avec François Hollande ; la seule solution face à cinq ans d’incurie sarkozienne.

 

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