"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
A Reims, les socialistes auront, soit l’occasion de rentrer dans l’histoire, soit d’être la risée de l’histoire. Oui, l’histoire, car ce congrès, par son importance dans le choix de la ligne idéologique et surtout du leader qui l’incarnera, aurait le mérite (ou le déshonneur ?) de montrer aux français le renouveau qu’entend porter le parti socialiste.
Dans cette situation de morosité économique et financière, le parti socialiste doit redevenir audible, crédible et ambitieux pour les français. Pour y parvenir, il faudra faire preuve de perspicacité et de clarté.
Clarté, car il est fini le temps où les socialistes font des projets coûteux, invraisemblables et déconnectés de toute logique ou impératif économique. Il est fini le temps où les socialistes, une fois arrivés aux affaires, font le contraire ou font fi de ce qu’ils avaient promis quand ils étaient dans l’opposition.
Le parti socialiste doit revendiquer sa fierté sociale-démocrate. Les bouleversements économiques, sociaux et financiers actuels imposent ce devoir de clarté. Il s’agit, en tous cas, de dépasser la social-démocratie traditionnelle qui fit le bonheur de nombreux Etats européens des années 1970 à 2000.
Face à l’autonomie des syndicats, au déclin de la classe ouvrière traditionnelle et à un électorat aux intérêts divergents et volatils, il urge que les fondements des « compromis sociaux-démocrates » soient repensés voire réorientés afin de tenir compte de l’inconstance grossière du capitalisme financier. Il ne s’agit pas de tuer le capitalisme, ce qui serait une absurdité, mais de créer une cohérence idéologique mettant en exergue une social-démocratie moderne, identifiable, forte, assumée, capable de définir un projet authentiquement collectif. C’est, inévitablement à cet objectif de clarté idéologique que nous invitent Bertrand Delanoë et Pierre Moscovici. L’orientation politique et idéologique qu’ils proposent reste le gage du nouvel âge socialiste que beaucoup de français appellent de leurs vœux.
Pour y parvenir, il faut avoir le courage de dire la vérité aux français.
Courage, car il ne s’agit pas de flatter les français en leur promettant monts et merveilles. Il ne s’agit pas non plus de leur offrir larmes et sueurs. En vérité et en vérité, il s’agit de leur expliquer la nécessité des réformes à faire sur l’emploi, les retraites, le service public, la sécurité sociale, la régulation des marchés…En clair, il revient aux socialistes de montrer aux français que le réformisme de gauche n’est pas un vain mot. Il est et sera la bataille continue du parti socialiste. La déclaration de principes renseigne déjà sur le chemin à parcourir, sur l’identité du parti socialiste ; un parti forcément progressiste, véritablement écologiste, et inévitablement européen. C’est d’ailleurs dans ce contexte européen que doit être pensée la nouvelle ligne sociale-démocrate, alternative aux politiques libérales et conservatrices responsables du désastre du capitalisme financier.
Le parti socialiste n’a pas vocation à jouer éternellement en ligue 2. Gagner les élections locales, c’est bien, présider aux destinées de la Nation, c’est encore mieux. La seconde option ne deviendra réelle que si et seulement si le parti, fier de son histoire, conscient de ses erreurs, exprime courageusement la nécessité de réformes dans un esprit de solidarité et de responsabilité.
La solidarité ne signifie pas discours démagogiques et populistes sur le chômage, le SMIC, les immigrés, la fiscalité, etc.…Elle relève plutôt d’une logique d’entraide où chaque citoyen, placé devant ses responsabilités, participe à la création de valeur ajoutée afin d’en bénéficier pleinement. Si elle signifie que chacun doit participer à l’effort public en fonction de sa faculté contributive, elle appelle aussi une exigence de responsabilité face aux devoirs qu’incombe à chaque citoyen.
La crise financière aidant, il serait trompeur et illusoire de croire que la solidarité doit reposer sur l’étatisation de l’économie ! Qu’on ne s’y trompe pas ! La nationalisation des moyens de production et d’échanges a échoué partout dans le monde. La socialisation des pans entiers de l’économie a causé des désastres économiques beaucoup plus grands par le passé ! Il serait gravement maladroit de déshabiller Saint Pierre pour habiller saint Paul.
En même temps, l’Etat doit rester présent afin d’impulser et de dynamiser la politique industrielle. Il doit être présent partout où il sera nécessaire dans l’intérêt d’un véritable service public. Il doit jouer le rôle de police des marchés. Il doit veiller à l’égalité réelle. Il doit placer en son cœur les questions sociales et leur légitimité.
L’économie a besoin de règles et de régulations. Qui peut, mieux que les socialistes, les inventer, et les porter ?
Enfin, que vaudra un parti socialiste en panne d’imagination ou de créativité ?
Créatif, le parti socialiste doit l’être afin de sortir de son conservatisme ringard.
Dans un pays où l’injustice tend à devenir une règle, le travail de plus en plus précaire, la jeunesse sacrifiée, le parti socialiste doit être à la hauteur de l’inventivité politique. Il doit se donner les moyens de proposer des réponses sérieuses, perspicaces et percutantes à la France et aux français de toutes conditions. Tout ceci ne sera possible que grâce à un travail intellectuel et aux conférences thématiques régulières sur de nombreux sujets concernant la vie économique et sociale du pays.
La recherche et l’innovation, le service public de la petite enfance, l’égalité territoriale, la péréquation financière,….tout ceci doit être placé au cœur de l’offre politique socialiste. Bertrand Delanoë et Pierre Moscovici l’ont si bien compris que la méthode de travail qu’ils envisagent d’imposer à la nouvelle direction changerait fondamentalement la donne socialiste.
Ni bigot, ni flagorneur, ni vassal, je me dois de choisir la motion A, qui n’est certes pas révolutionnaire, mais a le mérite de bien montrer un chemin crédible, respectable et encourageant pour la modernisation de la social-démocratie et aussi de la France.