"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
Incontestablement, la Gauche a remporté une victoire claire et nette au Second tour des municipales. Tout le monde s’y attendait car le premier tour annonçait déjà une forte poussée de la gauche.
Globalement la gauche l'a emporté par 49% des suffrages contre 47,5% à la droite aux municipales. Sa victoire est encore plus corsée aux cantonales (51,1% contre 44,4% à la droite). On ne peut regretter que le scrutin ait été marqué par une abstention record. En effet, Il s'est élevé à 38 % dans le communes de plus de 3500 habitants, un taux qui n'avait pas été enregistré depuis 1959.
En cherchant à minimiser cette cuisante défaite (au risque de répéter l'erreur de la gauche aux lendemains de son échec aux municipales de 2001) l’UMP s’enferme dangeureusement dans une argumentation quasi mécanique. Ainsi, à l’image de François Fillon, presque tout le monde à droite s’accorde à dire que le gouvernement poursuivrait dans la voie des réformes.
Pratiquant, l’auto-consolation à outrance, Le secrétaire général adjoint de l'UMP Dominique Paillé a estimé que « si les élections municipales et cantonales n'ont pas abouti à une victoire, elles sont loin d'être une déroute pour la droite qui a échappé, selon lui, au "scénario catastrophe" envisagé par l'UMP ».
Si ce n’est ni une victoire (c’est évident !) ni une déroute pour la droite, quels messages tirent-ils de cet échec ?
Un constat évident s’impose. A travers ces résultats, on peut lire la colère voire la déception d'une partie de l'électorat de droite et d’une partie des classes populaires (converties ponctuellement au sarkozysme) qui n’ont toujours pas trouvé leur compte au regard de la politique de rupture rabachée et promise par Nicolas Sarkozy. D'où un grand nombre d’abstentionnistes dans ce camp.
Faire comme si rien ne s’était passé et continuer à se lancer dans des réformes pouvant atteindre douloureusement les pauvres, les précaires, les chômeurs et aussi certains salariés, seraient la preuve que Nicolas Sarkozy et le Gouvernement souffrent de cécité ou de surdité politique.
La droite doit forcément infléchir beaucoup de points de sa politique et se rendre compte que les français ne sont pas tous adeptes du libéralisme violent qu’ils entendent vendre à ce pays. De même, ces élections montrent que le gouvernement doit rectifier le tir sur un certain nombre d’aspects commme le pouvoir d’achat, l’assurance-chômage, le SMIC, les petites retraites.
Nicolas Sarkozy devra aussi arrêter sa manie monarchique qui consiste à tout piloter sans concertation et sans préparation depuis l’Elysée. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale Jean-François Copé a réclamé "plus de lisibilité" dans le programme de réformes du gouvernement, demandant également que les parlementaires soient davantage associés à celles-ci.
Quant au MODEM, il est évident que sa stratégie suicidaire n’offrait d’autres issues que la défaite. D’ailleurs, on avait déjà dit ici que Bayrou risquait de sortir nu de ces élections. Celles-ci ont montré l'échec de sa stratégie d'autonomie. Avec des alliances, parfois, saugrenues , le Modem s’est retrouvé dans une impasse stratégique et a été obligé d’aller au second tour avec des partenaires sans aucune référence programmatique.
François Bayrou risque de le payer cher car l’UMP s’active déjà pour l’enterrer et appelle de ses voeux un pôle du centre fort.
Gageons qu'il puisse se relever d’une telle erreur stratégique.
Le parti socialiste, grand gagnant de ces élections municipales, a su mettre en lumière l’incongruté du style du pouvoir élyséen mais aussi dénoncer la politique menée depuis le printemps 2007.
Cependant, comme en 2004, le PS croit revenir au top de sa forme. Mais force est de reconnaître que pour ces municipales, de l'extrême gauche au centre, des électeurs très opposés et variés ont mélangé leurs bulletins de vote pour assurer le succès de ses listes. La classe populaire ne s'est d'ailleurs que très légèrement réveillée pour les soutenir. Tout reste donc à faire pour que les socialistes puissent incarner une alternative sincère, sérieuse et crédible.
Pour asseoir une quelconque crédibilité ou légitimité, le PS doit travailler en profondeur sa ligne idéologique sans s’enfermer dans une bataille des egos. Les cadres du parti en sont, pour l’instant, conscients car contrairement au soir du premier tour, ils ont fait preuve de prudence dimanche, soucieux de ne pas être accusés de détourner la victoire de la gauche à des fins personnelles.Tour à tour, ils ont promis d'être à la hauteur du vote des Français et refusé de répondre à des questions sur la guerre des chefs à venir.
Guerre des chefs, on l’aura certainement car certains prétendent déjà qu’il peut être urgent de déclencher la guerre des successions ; même si François Hollande souhaite s’en tenir au calendrier et organiser le congrès à l’automne.
Contraint de taire toute ambition socialiste pendant la campagne municipale, Bertrand Delanoë est celui qui aborde les prochaines étapes internes en position de force après sa réélection facile à Paris.
Les représentants de tous les courants doivent d'ailleurs se retrouver demain matin pour une "commission de la rénovation" dont l'ordre du jour pourrait déjà occasionner quelques étincelles (modification du mode de scrutin interne, élection du premier secrétaire ou prix unique d'adhésion).
Le Conseil national, "parlement" du PS, doit se réunir une semaine plus tard, le 25, et devrait être dominé par les questions d'alliance.
Pour 65% des sympathisants PS, il faut privilégier les unions traditionnelles avec les Verts et les autres partis de gauche contre 26% qui préfèrent une ouverture au centre, selon le sondage Ipsos-Dell.
Une leçon peut néanmoins être d'ores et déjà tirée pour le PS. La ligne défendue par Ségolène Royal d'une alliance automatique et non équivoque avec le MoDem a prouvé sa fragililté. Elle se révèle à la fois intenable (une partie des centristes penchant obligatoirement à droite) et sans garantie de victoire (les alliances avec le "centre" ne garantissant nullement le succès comme à Marseille).
En fin stratège, c’est Bertrand Delanoé qui sort gagnant. Tous au PS ont salué sa stratégie consistant à sceller une alliance avec les Verts alors qu'il n'en avait pas franchement besoin et à proposer un "partenariat" au MoDem mais seulement après le deuxième tour.
Si selon un sondage Ipsos-Dell, Le maire de Paris a les faveurs de 28% des sondés contre 24% pour Ségolène Royal quand bien même cette dernière le devance parmi les sympathisants socialistes (32% contre 30%), il serait mal avisé de faire sans Martine Aubry, revigorée par sa victoire à Lille, Pierre Moscovici,une force tranquille, Manuel Valls, Arnaud Montebourg,Laurent Fabius,un actif sage, Dominique Strauss-Kahn,vecteur-clé de la social-démocratie, et même François Hollande, l'homme qui comptera à coup sûr pour le prochain congrès.
Après les municipales, nous déclarons la bataille de Solferino ouverte.