"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
Produit de longues années de recherche menées par François-Xavier VERSCHAVE (paix à son âme), la françafrique est la troublante dénonciation d’un système extrêmement bien conçu du néocolonialisme à la française.
En effet, derrière l’écran de fumée de la décolonisation et de l’accès à l’indépendance des pays africains, la France a progressivement instauré un ensemble très sophistiqué de réseaux, de contacts, avec en tête un objectif très clair : maintenir les anciennes colonies sous la domination de l’Etat français.
Le Général de Gaulle, alors Chef d’Etat, décida de confier la charge de mettre en place le système à Jacques Foccart, homme de l’ombre par excellence, par ailleurs fondateur de l’UNI (syndicat étudiant de droite encore actif dans les universités) et franc-maçon membre de la Grande Loge Nationale Française. Foccart s’occupera minutieusement de la basse besogne que l’on parle encore aujourd’hui, quelques années après sa mort, de foccartisme pour désigner le fonctionnement en réseaux, chargés de garder une influence sur les pays africains issus de la décolonisation.
Dans ces fameux et lugubres réseaux, on trouve nombre d’acteurs : hommes politiques français ou africains, entreprises à l’influence inquiétante (Elf qui était la plus importante), mercenaires à la solde de l’Etat français (à l’instar du célèbre Bob Denard, responsable de nombreux coups d’Etat ou coups de force parfaitement illégaux). Plusieurs stratégies souvent violentes et illégales seront mises à l’œuvre au sein du foccartisme. Pour illustrer l’efficacité du système, on peut citer le détournement de l’aide publique au développement, mécanique parfaitement huilée de corruption et de détournement de fonds.
« Tout le monde sait que les partis politiques sont financés par des détournements de trafics via l’Afrique. L’Afrique sert à blanchir l’argent des partis politiques. C’est scandaleux parce que, en pervertissant les élites, on fiche en l’air le développement de l’Afrique. Je maintiens que la transparence des circulations de l’argent est un minimum. Le Président y est totalement et farouchement opposé. » Celui qui parlait en ces termes, n’était rien d’autre qu’Erik Orsenna, écrivain et diplomate, en septembre 1993. Le Président en question, c’est François Mitterrand, auquel Orsenna servit pendant un temps de «plume ». Les mots ne recouvrent aucune ambigüité. Ils dénoncent cette mascarade que constitue l’APD. La mécanique est, en quelques mots, la suivante : Un chef d’Etat africain va se tourner vers Paris pour faire une demande d’aide financière, laquelle va être, dès l’arrivée dans le pays demandeur, immédiatement expédiée vers Genève (ou toute autre place financière), puis repartagée avec le décideur parisien après conversion et reconversion. Tout cela de façon parfaitement planifiée et maîtrisée. D’où la prolifération de demande en périodes de campagnes électorales françaises. Astucieux, n’est-ce pas ?
Pourquoi donc, via la françafrique, confisquer les indépendances africaines ?
Selon François-Xavier Verschave, « Il y avait 4 raisons pour confisquer cette indépendance: le rang de la France aux Nations unies qui nécessitait un cortège d'états clients, l'accès aux matières premières, le financement occulte des activités politiques du gaullisme, enfin la France jouait un rôle de sous-traitant des USA dans la guerre froide. Toutes ces raisons ont poussé de Gaulle à installer des chefs d'états amis de la France, soit par la fraude électorale, soit par l’assassinat au Togo ou en Centrafrique. On a sélectionné des "proconsuls à la peau noire" pour continuer la présence coloniale tout en faisant croire aux africains qu'ils avaient acquis l'indépendance. On a mis en place des moyens de contrôle de la monnaie, de la police, des richesses… des mécanismes qu'on a appelé "les réseaux" ».
Mais le gouvernement Jospin a-t-il rompu avec cette situation ?
« Non, certainement pas ! » répondit François-Xavier Verschave. Il poursuivit : « Jospin était le seul homme d'état français a ne pas avoir de réseaux franco-africains, mais quand au congrès de Liévin en 94, il avait déposé une motion contre les relations franco-africaines, il avait été mis en minorité au sein de son propre parti. Quand Jospin est arrivé au pouvoir en 97, il s'est trouvé dans les trois mois qui ont suivi devant le choix suivant: la Françafrique a poussé les feux au Cameroun, au Tchad, au Congo-Brazzaville, au Gabon… soit il s'y opposait frontalement et il affrontait "le triangle des trois E" -Elf, l'Elysée, l'Etat-major- ce qui aurait supposé une énergie considérable, soit il laissait couler. C'est ce deuxième choix qui a été fait notamment avec la nomination d'Hubert Védrine au ministère des affaires étrangères, l'avocat de la politique de Mitterrand, lequel n'a rien fait d'autre que poursuivre la stratégie des Pasqua et Foccart. ».
Le sujet est tellement vaste et scandaleux que les détracteurs de la "Françafrique" ont estimé jusqu'ici que la "rupture" prônée par Nicolas Sarkozy tardait à se concrétiser, regrettant notamment l'intervention française au Tchad, où le soutien de l'armée française aux forces du président Idriss Deby Itno, lors d'une attaque rebelle début février, lui ont permis de se maintenir au pouvoir.
Attaquant la françafrique de front lors de sa visite en Afrique du Sud, Nicolas Sarkozy, qui a promis depuis son discours de Cotonou en 2006, la "rupture" avec les pratiques controversées de ses prédécesseurs dans la région, veut la "renégociation de tous les accords militaires de la France en Afrique". Une fois renégociés, les nouveaux accords seront publiés « dans la transparence », a-t-il promis.
D’après Nicolas Sarkozy « La France n'a pas vocation à maintenir indéfiniment des forces armées en Afrique. L'Afrique doit prendre en charge les problèmes de sécurité ».
Si cette déclaration faite partie du « processus de décolonisation de l’Afrique » comme l’a dit Thabo Mbéki, le Président Sud-africain, reste à savoir si elle sera suivie d’effets, tant les réseaux ont les bras longs. Ne s’agit-il pas encore d’une de ces nombreuses déclarations d’intention faites aux africains ?
Tout le monde, y compris Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la francophonie, crie au scandale et dénonce les ravages de la françafrique. Mais la France des droits de l’homme pourrait-elle, au risque de perdre ses intérêts économiques et stratégiques au Tchad, au Cameroun, au Togo, au Congo, en Centrafrique, en Angola…... s’attaquer réellement et vigoureusement à la françafrique ? Et Si Nicolas Sarkozy, à la différence de jacques Chirac, ami des dictateurs, ne faisait que dire à Thabo Mbéki ce qu’il voulait entendre, tant ce dernier est contre tous les procédés de domination coloniale ?
Oh ! Afrique ! Mon Afrique ! Il est grand temps que tu prennes ton destin en main en te débarrassant de ces fantômes d’hier. « Surement » me répondrait l’Afrique sans oublier d’ajouter : « mon garçon, mais ceux qui sont au pouvoir sont prêts à tuer pour y rester et ce sont les mêmes donneurs de leçons qui leur vendent des armes. Tu as vu ce qui se passe au Kenya, au Tchad et au Cameroun en ce moment ? ». En toute modestie, je répondrais : « Mieux vaut un héros vivant qu’un héros mort ! ». Mais est-ce une raison pour rester les bras croisés et attendre l’avènement d’un nouvel ordre de coopération ? Non et la lutte doit continuer.
Pour finir, posons-nous cette question assez simple : Et si les immigrés clandestins (ou non) ne sont rien d’autre que des victimes collatérales de la françafrique ?
Risquons une dernière question pour la route. Est-ce que le FMI présidé par Dominique Strauss-Kahn (celui-ci était en tournée en Afrique de l'Ouest), pourrait dans sa politique financière mettre en place des dispositifs s'attaquant aux manoeuvres de détournement perpétrées par certains adeptes africains de la françafrique?
Pour plus d’informations, je vous conseille la lecture des ouvrages suivants :
- La Françafrique, Stock 1998
- Noir Silence, Les arènes, 2000
- Noir Procès, Les arènes 2001
- Noir Chirac, Les arènes 2002.