"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
Eric Breteau et ses zozos de compagnons, ayant fait une lecture perverse des normes internationales à travers leur ubuesque montage humanitaire dans l’Est- Tchadien, ont écopé de huit ans de travaux forcés; peine qui serait probablement convertie en huit ans d’emprisonnement si le tribunal correctionnel de Créteil en décide ainsi. Convention franco-tchadienne de 1976 oblige.
Selon un adage africain assez répandu, « en présence de deux parties en conflit, la tierce personne intervenant, avant de concilier les positions des parties en cause, doit d’abord au préalable situer leur responsabilité respective ».
L’arche de Zoé, dans son entreprise démentielle et nauséabonde, a été fixée sur sa responsabilité devant la justice tchadienne (huit de travaux de forcés). D’ici la fin du mois, on en saura davantage sur la condamnation qui serait prononcée en France.
Mais quid de la responsabilité de l’Etat tchadien ?
Actuellement, quand certains esprits mieux informés évoquent le Tchad, on pense aux déplacés du Darfour qui y ont trouvé refuge, à la rébellion armée qui menace N’Djamena et à l’instabilité politique de ce pays, depuis 1960, marqué par des coups d’Etat. D’ailleurs, l’actuel Président Idriss Deby est arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat. La rébellion qui le menace en ce moment semble emprunter la même démarche de déstabilisation qu’il utilisa pour renverser son prédécesseur Hissein Habré, un dictateur réfugié au Sénégal et dont on attend toujours le procès pour crimes contre l’humanité.
Rappelons que le Tchad n’a pas connu d’élections législatives depuis 2001 et que celles-ci sont souvent reportées à cause de la rébellion armée ( ?).
Après l’exposition de ce triste décor politique, pour situer la responsabilité morale de l’Etat tchadien, il nous revient de partir de certaines considérations économiques. Le but n’est pas d’atténuer ou d’excuser les agissements graves et grotesques de l’arche de Zoé. Notre but doit être recherché ailleurs.
Ceci étant, le Tchad est un pays connu pour ses ressources pétrolières. Où va donc l’argent du pétrole ?
Si l’argent du brut tchadien était bien redistribué, aurait-on eu autant de familles (certes manipulées) prêtes à confier leurs enfants à l’arche de Zoé ?
Si la rente pétrolière était visible dans le portefeuille des villageois tchadiens, aurait-on eu cette sinistre mascarade de l’arche de Zoé ?
Le Tchad, avec une population de 10 millions d’habitants, est le dixième producteur du continent africain. Depuis que les premières gouttes de brut sont sorties du gisement de Doba, le Trésor Tchadien a perçu un peu plus de deux milliards de dollars au titre de redevances, impôts sur les sociétés exploitantes, permis d’exploitation.
En 1999, le parlement tchadien avait voté une loi sur la gestion des ressources pétrolières. Selon cette disposition, le pays devait réserver l’essentiel des revenus tirés du pétrole à des projets de développement (santé, éducation, infrastructures) et en affecter une partie à un « fonds pour les générations futures ».
Fin 2005, le Président tchadien obtient la modification de la loi de 1999 afin d’affecter une partie importante des ressources pétrolières à l’achat des armes. Malgré la réaction de la Banque Mondiale le 12 Janvier 2006 par le gel des avoirs pétroliers de l’Etat tchadien, un accord a été trouvé. Cet accord permet au Tchad de consacrer 30 % des recettes aux dépenses publiques et les 70% restants à des investissements pour le développement du pays. Avec en bonne place, les dépenses militaires.
En 2006, selon un membre du Collège de contrôle et de surveillance des revenus pétroliers « l’argent du pétrole n’a servi qu’à acheter des armes ».
L’argent du pétrole tchadien n’a nullement servi à l’éducation de tous les enfants tchadiens. Les villageois tchadiens ne voient rien venir et vivent dans un extrême dénuement ; d’où probablement leur volonté « manipulée » de confier certains de leurs enfants afin qu’ils aient un avenir meilleur.
Dans le quartier de Tiné dans l’Est Tchadien, dans les écoles, il n’y a presque plus d’enseignants. On peut comprendre que ceux-ci aient fui cette zone en raison du conflit au Darfour voisin, mais force est de souligner qu’ils ne gagnent même pas suffisamment d’argent pour donner de la viande ou du lait à leurs enfants.
Contrairement aux provinces du Sud, l’Est tchadien recense près de 90 d’analphabètes et les parents préfèrent souvent envoyer leurs progénitures aux pâturages s’occuper des vaches.
Au regard de cette galère dans laquelle le gouvernement Tchadien a plongé les siens, en utilisant l’argent du pétrole à d’autres fins qu’éducatives, quel parent ne voudrait pas confier son enfant à un « blanc » pour qu’il devienne un « akouma », c’est-à-dire un « grand quelqu’un » ?
En dehors de l’émotion suscitée par cette sombre affaire de l’arche de Zoé, il est urgent que la France, en raison des influences qu’elle a au Tchad (la France y est présente dans le cadre de l’opération Epervier), exprime sa préoccupation sur la redistribution des ressources pétrolières. La banque Mondiale l’a faite en 2006. La France et la communauté internationale doivent s’activer pour que d’autres arches de Zoé ne puissent prospérer dans certaines contrées africaines en proie au désespoir.