"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
Exit le cas Frêche dont les retombées politico-électorales sont loin d’être connues.
Ils sont neuf. Royal, Aubry, Strauss-Kahn, Hollande, Delanoë, Moscovici, Fabius, Valls, Peillon… A plus de deux ans de la prochaine élection présidentielle, la liste semble déjà interminable. Avant même d'avoir commencé à bâtir son projet pour 2012, Solférino souffre d'une «présidentialite aigüe» jamais connue.
Marchant sur les cendres de 2002 et espérant tourner - enfin - la page de 2007, chacun rêve du fauteuil élyséen. Et d'aucun n'entend pour l'instant se rallier à un autre, comme cela avait été le cas en 2006, où les militants n'avaient finalement eu le choix qu'entre trois candidats.
Le niveau d'affrontement et de haine entre les différents cadres du parti socialiste finira forcément par monter d'un cran. Entre les éléphants du parti, les vieux adversaires du référendum européen de 2005, les revanchards du Congrès de Reims, les jeunes ambitieux ou le « joker » du FMI, la guerre est donc ouvertement déclarée.
Parmi la dizaine de postulants, il semble illusoire de croire vraiment aux chances de Vincent Peillon, Bertrand Delanoë et Pierre Moscovici. A l'origine, l'ancien lieutenant de Ségolène Royal visait plutôt à prendre en main le courant de l’Espoir à gauche, tout en visant la tête du parti en 2011. Mais l'ex-candidate est revenue aux affaires et lui a barré la route. En dépit de sa popularité auprès des Français, le maire de Paris, lui, a assuré qu'il comptait aller jusqu'au bout de son mandat local, soit en 2014. Quant à Moscovici, il a affirmé qu'il retirerait sa candidature si Strauss-Kahn revenait. Ces propos illustrent assez bien son quasi absence de détermination.
Laurent Fabius et Manuel Valls ont probablement un peu plus de chances. Mais l'ancien premier ministre souffre d'un handicap rédhibitoire : les militants socialistes ne le plébiscitent pas beaucoup, les sympathisants de gauche, encore moins... Dans son entourage, on évoque désormais la présidence du Sénat, si d'aventure la haute assemblée basculait à gauche en 2011. Le député-maire d'Evry, lui, a fait part de sa détermination très tôt, mais pourrait se ranger, comme Moscovici, derrière Strauss-Kahn. Pourquoi pas derrière Ségolène Royal ou Martine Aubry et même François Hollande ?
Dominique Strauss-Kahn, Ségolène Royal , Martine Aubry et François Hollande constituent le quatuor de favoris. Si pour le premier, la part d'inconnue est encore grande, les trois autres ont beaucoup à gagner - et à perdre - lors des élections régionales. Car dans ce scrutin, chacun aura à prouver quelque chose à l'autre. Une observation encore plus vraie pour François Hollande, placé au rang d'outsider.
Martine Aubry, aux yeux des français reste la femme de gauche qui a instauré la politique (audacieuse ou critiquable selon les bords où on se trouve) des 35 heures. Une victoire aux régionales de Mars 2010 et une remise en ordre idéologique du PS la rassureraient forcément dans ses ambitions pour 2012. Une ambition encouragée voire suscitée par ses fidèles lieutenants qui lorgnent « par procuration » le fauteuil élyséen ; lesquels d’ailleurs, se verraient récompensés en cas de victoire de leur leader.
Quant à Ségolène Royal, son salut et son sursaut « sondagier » doivent découler de son score à Poitou-Charentes. En décidant de s’associer au Modem malgré l’opposition de certains camarades poitevins (même si Martine Aubry a fait pareil à Lille pour les municipales), elle court un risque sérieux de « délégitimation » en cas d’un score assez faible. En clair, sa seule victoire aux régionales ne suffirait pas, il lui faudrait réaliser un résultat honorable qui graverait dans le marbre son rapprochement obsessionnel avec le Modem afin de pouvoir infléchir les jeux d’alliance au sein du PS ; une manière habile en fait pour Ségolène de se retrouver pendant longtemps au top de l’affiche socialiste.
S’agissant de François Hollande, un personnage dont le talent et la compétence sont souvent caricaturés à tort, n’en reste pas moins un présidentiable à tout le moins brillant. Ses théories sur la fiscalité et le développement économique renseignent grandement sur son acuité intellectuelle. Une défaite des socialistes aux régionales servirait sa cause. Il peut se targuer, lui d’avoir toujours gagné les élections intermédiaires (européennes et régionales de 2004).
Est-ce que, d'ici à la primaire, un élément pourrait permettre au PS de dépasser cette guerre sourde des égos ? Rien ne l’indique pour l’instant.
Ce qu'il faudrait aux socialistes pour qu'ils se remettent réellement en ordre, c'est (en sus d'un positionnement idéologique clair articulé autour d'un véritable projet) une victoire à la présidentielle. Mais d'ici là, comme chacun veut être le représentant du parti socialiste face à Nicolas Sarkozy en 2012, l'affrontement risque de perdurer... encore et encore.