"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
Peu de temps avant sa victoire aux primaires socialistes, François Hollande parlait de cette aventure comme d'un « coup de folie ». Il sait que la campagne sera dure, qu'il n'y a que des coups à prendre. En effet, au lendemain de sa désignation, notamment lors de la Convention UMP du 18 octobre, la droite a commencé à l’attaquer : Au menu, un chiffrage ubuesque du projet du PS à la mode Téléthon. Hollande y avait été qualifié entre autres de « Jospin décongelé » par le secrétaire général adjoint de l’UMP, Marc-Philippe Daubresse.
Si quelques doutes subsistaient, ils sont ce jour-là levés : la droite ne fera pas de cadeaux. Le PS a en face des tueurs prêts à tout, qui ne reculent devant rien. Aussi, Claude Guéant, n’avait-il pas lâché au JDD une histoire de « contrôle de routine » de DSK au bois de Boulogne en 2006. Pourquoi ? Parce que la droite pense bêtement que ce type de sortie empêchera la gauche d'attaquer Sarkozy sur le terrain de la morale.
Et puis, il y a les amabilités à l'égard de François Hollande. Le ministre de l'Éducation, Luc Chatel, avec une formule indigne sinon grotesque le compare ainsi à Babar, sympathique roi des éléphants. Sarkozy lui-même, en mal d’inspiration, compare en privé François Hollande, ici, à Guy Bedos, là, à « un morceau de sucre » (selon Le Parisien).
A la lecture de ces quelques lignes, on connaît déjà la partie qui a opté pour un débat et des formules d’abaissement national.
Alors, lorsque mercredi Le Parisien écrit que Hollande a traité, lors d'un déjeuner avec des journalistes, Nicolas Sarkozy de « sale mec », l'UMP joue sur du velours. Christian Estrosi s'élève brutalement contre « François le petit », Nadine Morano ose une comparaison saugrenue et malveillante en faisant le lien entre Hollande et Jospin qui, en 2002, « s'était laissé aller sur Jacques Chirac, le qualifiant de vieux et d'usé ». Jean-François Copé, qui trouve minable que des députés se contentent de gagner 5000 euros par mois (source : lepost.fr) s'émeut pour sa part « des insultes très choquantes et indignes ».
La polémique est rapidement désamorcée, puisque Hollande n'a manifestement pas directement insulté le chef de l'État, mais l'épisode révèle la capacité d’attaque de l’UMP qui ne lésinera ni sur les moyens ni sur les techniques les plus choquants pour conserver le pouvoir.
Le sale mec, c'est un vain évènement, mais une attitude à laquelle il faudra s’attendre de la part l’UMP tout au long de la campagne.
En même temps, cette sortie brutale de l’UMP contre cette histoire de « sale mec » montre à quel point la droite est aux abois. Certes, qu’a-t-elle à proposer après tout ? Faire campagne sur son projet ? C'est compliqué, compte tenu du bilan de Sarkozy. Et faire campagne sur le bilan de Sarkozy, c'est atrocement plus compliqué.
Cela dit, si la stratégie de Sarkozy est d'attaquer et de faire attaquer Hollande par ses acolytes en espérant une réplique du PS, il se trompe lourdement. En tous cas, Hollande n’a pas l'intention de participer à une guerre des tranchées : il clame : « Ça suffit ! ». « Chaque jour a son cortège de polémiques, comme si la droite redoutait le débat, craignait que ce soit projet contre projet, bilan contre bilan. »
Montrant qu'il « n'est jamais dans la grossièreté », Hollande préfère attaquer Nicolas Sarkozy sur sa politique, et principalement sur la TVA sociale - un « nouveau plan de rigueur » - qu'il a promis d’abroger une fois élu, si éventuellement elle était votée.