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"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.

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EUROPE : PROGRAMME, VOUS DITES ?

Ah oui ! Le grand match ! Pour présider l'Union européenne, on assiste à « un choc de personnalités » comme la presse les adore. Une « pipolisation » caricaturale. Ce qui compte, n'est-ce pas, est d'avoir quelqu'un qui a « une stature internationale ». Qui a une belle et forte voix et un numéro de téléphone que Barack Obama puisse joindre quand, dans sa liste de contacts, il tape le nom « Europe ». Ensuite, n'est-ce pas, il est très important de savoir si ce candidat vient d'un « grand » pays parmi les Vingt-Sept ou d'un « petit ». Grosse différence de sensibilité et, surtout, de susceptibilité. Et nommer un Britannique ? Peut-on, même si son pays ne fait partie ni de l'eurosystème ni de l'espace Schengen ? Pourquoi ne pas désigner une femme ? Ca change tout les femmes. Bien sûr.

On ne voudrait pas gâcher ce passionnant spectacle mais, au fait, où est le programme ? Qui nous propose quoi ? Où sont les questions qu'il faudrait trancher ? Qui éclaire de sa vision du XXIsiècle ? L'heure est grave, au moment où chacun des 494 millions de citoyens européens sent bien que l'Union se délite à vitesse accélérée et qu'elle s'efface devant le directoire Etats-Unis-Chine, qui leur propose un vrai et complet schéma de réhabilitation de l'Europe et de l'idée communautaire ?

Pour répondre, on lira un formidable « mémo » écrit par l'institut Bruegel (www.bruegel.org) le 1er septembre sous la direction d'André Sapir. Que dit ce mémo ? D'abord, il rappelle, et cela fait du bien, que l'Europe depuis vingt-cinq ans a des réalisations dont elle peut être fière. Le marché unique et le traité de Maastricht avec Delors, l'euro avec Santer, l'élargissement avec Prodi et, peut-être, une initiative climat avec Barroso. L'Union, on l'oublie, a aussi une stratégie claire : s'occuper des défis de long terme, tandis que les gouvernements sont trop souvent étouffés par le court-termisme électoral.

Quels défis ? Ils sont majeurs : la place de l'Europe dans la globalisation quand la Chine et l'Inde « érodent son traditionnel avantage comparatif du capital humain » et viennent la concurrencer sur les technologies les plus avancées. Le vieillissement, avec ses conséquences sur le financement, sur la dette. L'immigration venant du Sud, la Turquie. La sécurité énergétique, le nucléaire, la politique russe. Enfin, et fondamentalement, le rôle de la diplomatie et du dialogue, du « soft power », qui est la marque de fabrique du Vieux Continent mais dont les résultats restent maigres.

Cette stratégie de long terme appelle des réponses structurelles que l'Union commençait à mettre en place suivant sa méthode du « pas à pas » : l'élargissement, la société d'innovation du traité de Lisbonne, les migrations, le climat. Mais, outre que cette marche en avant est pour le moins hésitante, la stratégie est elle-même remise en cause par la crise, s'alarment les auteurs de Bruegel. Et ce de deux façons.

D'abord, par l'émiettement. La crise a salement touché les économies de l'Est européen et a brisé leur élan de rattrapage. Au lieu de converger, les Vingt-Sept sont menacés de diverger, ce qui rendra de plus en plus difficile la recherche d'une politique économique d'ensemble cohérente. Plus lourdement encore, la crise a grossi durablement le chômage et creusé les déficits. Comment le modèle social européen va-t-il pouvoir survivre ?

Ensuite, par le nationalisme. Les exemples d'une renationalisation des politiques dans l'automobile, dans la banque et, cette semaine, dans l'agriculture se multiplient. La crise a montré, par exemple, le besoin d'une « supervision globale » des institutions financières mais cela s'avère impossible si chaque gouvernement se replie.

Pour écarter la menace d'un éclatement, pour retrouver une cohésion, l'Europe doit impérativement réinventer toutes ses politiques, à commencer par ses mécanismes de coordination économique. Mais bien au-delà de ce nécessaire resserrage des boulons, de cette préservation des acquis, l'Europe souffre d'un « désenchantement ». Elle est accusée, non sans raison, de n'avoir été que l'outil de la « libéralisation », alors que la crise en a montré les échecs. L'Union a besoin d'une « nouvelle narration » qui redonne de l'intérêt à vivre ensemble et de l'espoir. MM. Blair, Junker, Mme Robinson, on vous écoute. On est tout ouïe….

 

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