"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
C’est un rapport très sérieux qu'a reçu le chef de l'Etat des mains de Jacques Attali. Avec ce document, Nicolas Sarkozy dispose d'une stratégie certes contestable mais cohérente pour espérer accroître, dans les années qui viennent, le potentiel de croissance de l'économie française. Les experts réunis par l'ancien conseiller de François Mitterrand ont fini, non sans mal d'ailleurs, par s'accorder sur une vaste refonte de la fiscalité tournée vers la création d'emplois et la préservation des ressources rares, ainsi que sur une réduction spectaculaire du champ de la dépense publique. Le tout au service d'un cercle vertueux dans lequel désendettement et croissance formeraient un binôme idéal.
Même s'il comporte des idées impies, comme celle consistant à faire payer aux malades atteints d'affection de longue durée une partie de leurs frais de santé, ce rapport est de facture plutôt orthodoxe. Ce devait être sa force, après le rejet qu'avait suscité, en janvier 2008, le rapport Attali 1, nettement plus téméraire. Prônant l'ouverture de professions réglementées et la rémunération des demandeurs d'emploi, la suppression du département et la création de cités vertes (« écopolis »), la version d'avant la crise financière était une invitation à bousculer les conservatismes, à faire tomber nos préventions intellectuelles face au changement, à penser différemment, « out of the box » comme aiment à le dire les américains.
Rien de tel cette fois. Fallait-il réunir une quarantaine de brillants cerveaux pour recommander de mettre les allocations sous conditions de ressources et de baisser les dépenses des collectivités locales, propositions qui figuraient déjà, en partie, dans le premier rapport ? Après le succès de « La libération de la croissance », commander un « remake » fut une erreur, dont l'auteur est victime, pas coupable. Spectateur impuissant, il verra une deuxième limite posée à son rapport : la préférence française pour la dépense publique.
Je comprends l'urgence du désendettement, je partage certaines solutions comme la baisse des prélèvements sur le travail, la fiscalité écologique, la taxation des rentes et le ciblage des dépenses de solidarité. Mais je conteste l'idée d'une hausse de la TVA comme les mesures de déremboursement, y compris pour les affections longues et durables.
Jacques Attali trace un chemin de rigueur idéale, sur lequel les dépenses baissent et les prélèvements n'augmentent pas. Cependant, la réaction à la réforme des retraites met en lumière la colère du peuple contre un modèle économique généreux pour les riches et désavantageux pour les faibles.
Nul ne doute qu’en 2012, la question de l’équité fiscale sera un thème de campagne inévitable car quel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle, il y aura des augmentations d’impôts. Qui les paiera ? C’est à cette réponse que doivent réfléchir les socialistes…..