"L'esprit né de la vérité a plus de puissance que la force des circonstances" Albert SCHWEITZER.
Après son inattendu « pardon » aux africains pour le tristement célèbre discours de Nicolas Sarkozy, le second « pardon » de Ségolène Royal aux espagnols pour les propos supposés désobligeants du chef de l’Etat sur José Luis Zapatero a suscité des polémiques aussi intéressantes que loufoques dans l’agora politique.
Si le huis clos élyséen ne nous renseigne pas explicitement sur la véracité des propos tenus par Nicolas Sarkozy à l’égard du Premier ministre espagnol, (quand bien même le chef de l’Etat est capable d’abus de langage ou de comportement), il n’en est pas de même concernant son discours maladroit, malhabile à relent racialiste de Dakar, concocté par son mal inspiré conseiller Henri Guaino.
Cependant, Ségolène Royal, dans sa volonté (ambition louable) de s’opposer à tout prix au chef de l’Etat, a également commis un impair ou une erreur d’appréciation dans sa façon compassionnelle de demander pénitence aux africains à Dakar.
Dans le discours de Dakar de Ségolène Royal, le meilleur était associé au pire. Le meilleur, c'est l'affirmation que l'Afrique est au « cœur » des « préoccupations » de la présidente de la région Poitou-Charentes, ex- candidate à l'élection présidentielle.
Pendant longtemps, la classe politique française a considéré l'Afrique comme un boulet colonial, sans intérêts, où cohabitent magouilles et corruptions encouragées par certains donneurs d’ordre occidentaux.
Les africains doivent donc se réjouir de voir, depuis quelque temps, le destin de leur continent ressurgir dans le discours politique français, même si les ambitions chinoises, indiennes, américaines ou autres, en remettant en cause les positions françaises au sud du Sahara, ne sont pas négligeables face à ce soudain regain d'intérêt.
A priori, une telle affirmation, dans la bouche de Ségolène Royal, peut forcer le sourire.
En effet, même si Ségolène Royal cherche, en égrenant fiévreusement les maigres occurrences de l'Afrique dans ses discours , à démontrer l'intérêt majeur qu'elle porte soi-disant au « Continent-Mère », nul besoin de remonter aux temps immémoriaux pour relativiser l'affirmation : dans la motion E de Ségolène Royal présentée dans le cadre du congrès de Reims en novembre 2008, les mots « Afrique » et « Africain(s) » n'apparaissaient pas une seule fois.
Si l'Afrique et les Africains sont « au cœur » des « préoccupations » de Ségolène Royal, force est de constater que c'est parfois sous une forme peu anodine particulièrement politicienne.
Pour ce qui est des actions concrètes, Ségolène Royal, en fin tactique, sait mettre les petits plats dans les grands. Une camionnette frigorifique offerte aux femmes de Thiaroye, assortie de quelques mesurettes d'un effet identique, et voici le monde qui change « globalement ».
Si c’est cela l’esquisse du codéveloppement vanté ci et là, de colloques en colloques, alors l’Afrique est mal barrée tant ses « bienveillants » donateurs n’ont rien compris aux mesures à mettre en place pour l’aider à son sortir de son destin tragique…
D’aucuns diront que c’est le geste qui compte ! J’objecterai en affirmant que seul un plan global (immigration, rapports économiques et commerciaux, etc.…) vaudra la peine d’être évoqué s’agissant de l’Afrique et non des gestes disparates, intermittents, teintés de misérabilisme.
Le Pire ?
C’est le fait que Ségolène Royal fustige impitoyablement le néocolonialisme, tout en faisant mine d'oublier que celui-ci atteignit des sommets phénoménaux et particulièrement désastreux sous le double règne de François Mitterrand -dont elle fut ministre. Cela, bien sûr, Ségolène Royal semble n'en garder aucun souvenir.
On peut, en tous cas,, se réjouir qu’elle se rende compte des erreurs du passé qui ont contribué à la main basse sur l’Afrique par les précepteurs de la françafrique.
Ségolène Royal, comme Nicolas Sarkozy, prétend tenir aux Africains un discours de vérité. La vérité, c’est que l’Afrique n’a nullement besoin de compassions ou d’excuses. Elle a besoin d’être prise en considération dans les négociations à l’OMC, que les subventions agricoles occidentales ne tuent pas ses paysans, que son économie ne soit pas dominée ou extravertie, que les flux migratoires soient concertés avant de devenir dissuasifs, que les régimes occidentaux n’encouragent pas certaines baronnies locales dictatoriales, enfin…. de dignité.
Le regard français sur l’Afrique doit changer. Gageons que d'ici là, Ségolène Royal comme Nicolas Sarkozy et bien d'autres chefs politiques français, se seront donné les moyens d'accomplir cette nécessité de changement du rapport à l’Afrique, afin de se mettre au diapason de l'exigence de vérité dont ils ont plein la bouche.
De la sorte, ils cesseront de jeter à la figure des Africains certaines menteries honteuses. Et par la même occasion, ils cesseront de susciter des polémiques dans cette France qu'ils prétendent défendre, et que nos frères d'Afrique, qui ne sont pas dupes, continuent toujours d'aimer.
Enfin, mes excuses, Ségolène, …d’avoir profité de ton iconoclastie, ta détermination farouche, ta force d'opposition que j’apprécie pour évoquer le cas de l’Afrique, notre « continent-mère ».