« Je sais une chose de Ségolène Royal, c'est qu'avec elle, on ne peut jamais savoir ! » Cette boutade d'un dirigeant socialiste est une opinion qui semble malheureusement se répandre au sein du PS, dès lors que l'on s'éloigne du petit cercle des « aficionados » de l'ancienne candidate à l'élection présidentielle. Au lendemain de la « mauvaise querelle de Dijon », selon le mot de Pierre Moscovici, qui a vu la présidente du Poitou-Charentes s'inviter à un rassemblement politique auquel, elle n'était pas conviée (comme tous les prétendants socialistes pour 2012), son coup d'éclat la marginalise davantage, tout en éclaboussant le PS, qui se serait bien passé de ce nouveau psychodrame.
Au siège du PS, rue de Solferino, Ségolène Royal est de plus en plus perçue comme la femme par qui le malheur arrive. Depuis la rentrée, elle a ainsi pris le contre-pied de son parti en rejetant à la fois la taxe carbone et l'idée d'une contribution climat énergie (défendue par Martine Aubry). Puis, à l'occasion de la parution d'un ouvrage se faisant l'écho de tricheries supposées lors de l'élection de Martine Aubry au poste de première secrétaire, la présidente de Poitou-Charentes a sommé la maire de Lille de traduire les auteurs du livre en justice si les faits décrits étaient infirmés ou, au contraire, d'exclure les responsables des fraudes s'ils étaient avérés.
L'épisode tragicomique du week-end a été unanimement condamné au PS. Certains ont rejeté dos à dos les duettistes. C'est le cas de Pierre Moscovici. « Le mécontentement de Vincent Peillon […] se comprend, explique le député du Doubs sur son blog. Il aurait dû la banaliser. Sa colère a au contraire offert à l'ex-candidate l'occasion de se poser en victime, en s'étonnant, non sans fondement, d'être exclue d'un rassemblement de socialistes. » Si Manuel Valls estime que le moment d'organiser cette manifestation n'était peut-être pas opportun, il regrette également l'attitude de Ségolène Royal. « Elle ne construit pas, ne rassemble pas, et sème la zizanie », juge-t-il. La députée Aurélie Filippetti propose avec humour « de rétablir la fessée au Parti socialiste ».
A l'inverse, Jean-Louis Bianco, indéfectible soutien de la présidente de Poitou-Charentes, estime que « Ségolène avait toute sa place à Dijon, comme n'importe quel socialiste mais aussi pour avoir été celle qui a porté la première le projet qui est à l'origine de l'Espoir à Gauche ». Il ajoute même que, « si certains ont pu regretter que Ségolène Royal ne prenne pas toute sa place dans le courant jusqu'à aujourd'hui, nous ne pouvons que nous réjouir à présent qu'elle revienne sur ce terrain-là ».
Ce n'est pas l'avis, évidemment, de Vincent Peillon, qui ne se résout pas à ce que sa manifestation ait « été salie comme ça ». Il rappelle que non seulement Ségolène Royal n'était pas venue lors de la précédente grande manifestation de l'Espoir à gauche au mois d'août, mais qu'elle avait tancé ses proches qui y avaient participé. Il rappelle également que quelques semaines avant le Congrès de Reims « elle n'avait pas de motion, pas de courant ».
Vincent Peillon réunit ce soir quelques ténors de son courant au cours d'un dîner afin d'y voir plus clair. Il lui restera à lever une ambiguïté : comment s'émanciper tout à fait de Ségolène Royal, dès lors que ses proches (Jean-Louis Bianco, Guillaume Garrot, Gaétan Gorce…) continuent, coûte que coûte, d'entretenir un lien entre elle et l'Espoir à Gauche ? N’est-ce pas la même Ségolène qui vient d’annoncer l’éviction de Vincent Peillon de « son » courant ?
A la direction du PS, l’urgence est de tourner la page. Les dirigeants du PS ont conscience que, si la séquence est plutôt positive depuis la rentrée, leur parti ressemble davantage à un malade en convalescence qu'à un champion en forme olympique. N’est-ce pas dans cette louable perspective qu’ils comptent poursuivre leurs attaques contre la réforme des collectivités territoriales et le collectif budgétaire ?
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